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- Les Epistres veneriennes, 1532
La premiere epistre enuoyeeenvoyée aà vneune dame pour auoiravoir sa bonne grace.
LAsLas ton regard mon corps a transpercetranspercé
Et si tresfort en est mon cueur blesseblessé
Que ieje ne scaysçay ma dame aà q̃qui m’ẽen plaindre
Sinon aà toy qui peulx le mal estaindre.
5Pour me blesser n’eust esteesté assez fort
S’il n’eust eu secourable confort
De ta beaultebeaulté oultre mesure belle/,
Que ieje congnois contre moy si rebelle/,
Que ieje suis seur que n’en auray secours
10Se aà ta doulceur pour mayder ne cours
Car ieje la voy d’une si grant audace
Qu’elle deffent sans cesser aà ta face
Ne se tourner aucunement vers moy
Pour me donner sollagement d’esmoy/.
15Ha pleust aà dieuDieu que si belle ne feusse
Ou pour le moins que languir ieje ne peusse
Pour quelque mal qu’on me peust inferer !
Tu me verras en bref desesperer
S’il ne te plaist de moy auoiravoir pitiepitié
20Car ieje te porte si tresgrande amytieamytié
Qu’impossible est de plus te la porter.
Ma dame las vueille toy deporter
En tel tourment plus auantavant me conduyre /
f. i v°
IeJe te prometz qu’il me pourroit trop nuyre
25Si ij’en estois long temps persecutepersecuté
Pource que suis iaja tant debilitedebilité
Du sens/, du corps/, et de l’entendement
Que ieje ne scaysçay/, ma maistresse/, comment
IJ’ay le pouoirpovoir de plus me soustenir/.
30IeJe ne scaysçay plus quelle grace tenir
Soit deuantdevant toy/, ou bien en aultre part/.
Tous bons propos ont fait en moy despart
Et ne voy rien aà l’entour et dehors
Fors que douleur qui demeure en mon corps/.
35Scez tu pourquoy ? carCar ieje ne voy le temps
Comme venir ieje peusse ouoù ieje pretendz
IeJe ne te voy vers moy si disposeedisposée
Que ton amour y peust estre poseeposée/,
Veu le scauoirsçavoir/ et noble parentaige
40Ou est baynant ton iolyjoly personnaige,
Veu le hault pris et fameuse louenge
Qui sont en toy parfaicte comme vngung ange,
Brief veu le bien/, les vertus et l’honneur
Desquelles voy chascun t’estre donneur,
45Qui sont raisons dont ieje prens tel remort
Qu’auoiravoir n’en cuyde autre bien que la mort
Doubtant pour vray que daygnasse vouloir
Aymer celuy/ qui ne peult tant valloir
Comment tu faitz/, ouy aà cent foys presprès/.
50IeJe suis petit/, facheux/, laitlaid/ et apresaprès
Ainsi que IobJob/, ou Irus indigent
Et qui pis est :, ieje n’ay langaige gent
Pour te donner vneune bonne parolle,
Chose pour vray qui grandement m’afolle
55Et que sur tout ieje pense qui me nuyse
Bouter aà fin ma mortelle entreprise.
Encores si/, nonobstant ma laidure
Qui trop plus fort que formositeformosité dure,
f. ii r°
IJ’auoysavoys le bien de dire vngung bon propos,
60IJ’auroye espoir d’auoiravoir vngung iourjour repos
En ton amour/, auecqueavecque vneune myete
De toy iouyrjouyr ma gentille amyette.
Mais pour autant que n’ay propos ny grace/,
Dangier y a que plus tost ne trespasse/,
65Que de venir (pour ma resiouyssanceresjouyssance)
AÀ posseder de ton corps iouyssancejouyssance/.
Parquoy ieje ditz que ton cruel regard
(Dont le surplus des hommes amours gard)
Quant il blessa au despourueudespourveu mon cueur/,
70S’il m’eust osteosté et puissance/, et vigueur
Et que du tout de viurevivre m’eust deffait,
Il eust pour moy par ma foy beaucoup fait.
Considere la peine et le tourment
Que de par luy souffre iournellementjournellement
75Et la douleur/, et la grant cruaultecruaulté
OuOù m’ont rangerangé ta grace/, et ta beaultebeaulté,
Dont le sortir m’est plus que difficille
S’il ne te plaist vers moy estre facille
Et me donner, ainsi qu’en as pouuoir,
80Le bien d’amours/, que me feras auoiravoir
Treshumblement, comme ieje t’en requiers,
Car autre bien pour moy ieje ne requiers/.
Et ce pendant, prieray le createur
Qu’il soit de toy si bon conseruateurconservateur/,
85Que de ton corps ieje facefasse telle approuche
Que quelque foys comme amy ieje le touche/.
Fin de la premiere epistre.
