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  • Les Epistres veneriennes, 1532

La troysiesme Epistre aà lamye qui ne tient compte daymer son amy.

IEJe pers mon temps cerchant ton amytieamytié
Car ieje voy bien que tu es sans pitiepitié,
OÔ felle femme/, aà rudesse inciteeincitée.
Et nonobstant que soys solliciteesollicitée
5Assez souuentsouvent et quon le te rapporte,
Du mal que ijay pour lamour que te porte
Tu nas mercy (encores que ieje tayme)
De mon tourment et douleur tant extreme.
Mais quoy mercy ? pour mercy que me faitz,
10Par cruaultecruaulté durement me deffaitz
Et pour lamour quen mon cueur pour toy perche,
Moyen de mort de iourjour en iourjour me cerche.
Femme cruelle/, ha par trop ieje diffame
Les femmes or quant ieje tappelle femme
15Car femmes sont par nature piteuses
Et tes faconsfaçons me sont tant despiteuses
Que ieje ne crains (le nom nest pas honneste)
De te nommer plus que cruelle beste.
Ne trouuetrouve point cestuy nom trop estrange
20Si tes faconsfaçons briefuementbriefvement tu ne change
Car vneune beste est plus que toy benigne
Se cruaultecruaulté en ton cueur ne se fine.
Et quil soit vray, chascun cecy entend,
Quant un lisard voit vngung felon serpent
f. iiii r°
25Venir vers lhomme au dormir enclineencliné
Pour luy mal faire/, il est tant indigneindigné
Quil vient soubdain combat au serpent prendre
Pour vaillamment lhomme dormant deffendre
De son venin/, et mortelle morsure.
30Nest il pas vray que chien ayant blessure
Par vneune chienne est mainteffoys leschelesché
Pour de son mal estre tost despechedespeché/ ?
Qui fait cela, sinon misericorde ?
Et quant au vray ores ieje me recorde
35De leur pitiepitié/, et gracieulx mercy,
IeJe mesbahys quil ne te prend soulcy/
De secourir en son mal douloureux
Ung qui pour toy est plus que langoureux.
Ce nest que orgueil qui la cause ten donne,
40Mais garde toy que dieuDieu ne ten ordonne
Pugnition/, telle que iadisjadis eut
Par son orgueil daphneDaphné qui faicte fut,
Non sans raison, de femme dure escorce
Car elle auoitavoit de la celeste force
45Legierement faict villevile mesprisance.
Ne cuyde pas que si as mespris en ce/,
Que tu demeure impugnie du faict
Veu que, sur tout, orgueil est tant infect
AÀ IuppiterJuppiter le dieu omnipotent
50Quil nest pechepeché dont il se fache tant /
Et quil pugnisse en si forte rigueur.
Nay ieje pour toy assez grande vigueur ?
Ne suis ieje point assez dextre et aà main
Pour enuersenvers moy rendre ton cueur humain ?
55Ne suis ieje point suffisamment habille
Pour estre aymeaymé dune femme inutille ?
Trop bon ieje suis (penses que tu me fache)
Pour testre amy/, et veulx bien que tu sache
QQuung homme vault autant ou plus que femme.
f. iiii v°
60Ne cuyde doncq quen rien ieje te diffame
Si ieje me veulx tant enuersenvers toy plyer
Que de cercher par tousiourstousjours supplier
Ton amytieamytié/, et desireedesirée grace.
IeJe ne ditz pas que ton port/, et ta face
65Ne vallent plus que mes naturelz biens
Car enuersenvers toy ieje ne me prise riens
Et mest aduisadvis que si ieje paruenoyeparvenoye
AÀ ton amour/, et que si te tenoye
AÀ mon plaisir/, ainsi comme maistresse,
70Que ne vouldrois auoiravoir en ma possesse/
Tous les tresors/, et opulans arroys
Quont maintenant ensemble tous les roys
Pour te laisser/, et perdre tes biens haulx
Car ieje scaysçay bien que beaucoup plus tu vaulx
75Mais que crueur/, et ce mesprisement
Soit hors boutebouté de toy totallement.
Ha, vueille doncq ton cruel cueur flechir
Pour de tel bienr, ma dame, menrichir
Que plus ijestime et mille foys plus prise
80Que le tresor de la riche Venise
Et sur ma foy pour don si opulant,
Ne me verras aà te bien seruirservir lant,
Ny paresseux aà tous tes ditz complaire
AÀ qui quen puisse amerement desplaire/.
85Mesmes la mort, ainsi le te prometz,
Ne me fera que te laisse aà iamaisjamais
Me dire tien/, et tien me reclamer
Si vneune foys il te plaist de me aymer.
Fin de la troysiesme Epistre.