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  • Les Epistres veneriennes, 1532

La .iiii. epistre hortatifuehortatifve aà vneune dame affin quelle vueille aymer.

f. v r°
LOngLong temps y a que tamour ieje poursuys
Et touteffoys encor incertain suis
Sil test aà gregré, ma dame, de maymer.
Tu scaysçay combien te voulu extimer :
5Par cy deuantdevant iusquejusque aà lheure presente
IeJe te donnay ce quores te presente.
Encores vngung coup, sans le crier en cors,
Cest le seruirservir de mes esprit/, et corps.
IeJe te requiers le present accepter
10Sans plus auantavant te vouloir enquester/
Si ieje suffis aà estre retenu
Pour ton amy/, et seruiteurserviteur tenu/,
Car ieje suis seur que si en faitz enqueste/,
Que pour venir aà si haulte conqueste
15Tu trouuerastrouveras que ne suis assez digne/.
De moindre bien ieje me sens moins que indigne/,
Et te prometz que sans la grande ardeur/,
Que met en moy Cupido ce dardeur
IeJe ne prendroys pour mourir lhardiesse/,
20De te prier aà estre ma maistresse/,
Car ainsi est/, et aà ce me consens/,
Que ieje nay bien, soit de grace/ ou bon sens,
Qui digne soit de donaison si grande
Comme celle est qquhumblement te demande/.
25Si tu regarde aà mon insuffisance/,
AÀ peine auray iamaisjamais de toy aysance
Veu le scauoirsçavoir, la beaultebeaulté et la grace/,
Qui sont en toy/, et en ta belle face/,
Et au rebours, la laideur/, et maintien
30MauuaisMauvais, en moy/ qui desire estre tien,
Qui ne soutsont pas choses/ pour obtenir
Ce bien de toy (ou ieje me veulx tenir)
Quelque laideur/, ou imperfection
Qui fasse en moy son habitation),
35En esperant que vngung bon iourjour il viendra
f. v v°
Que de mon corps/, et cueur te souuiendrasouviendra
Et quil plaira aà ta mansuetude
Daigner auoiravoir de moy sollicitude/,
Me impertissant de mon mal recompense/,
40Celle pour vray quaucuneffoys ieje pense.
Ce qui me fait ainsi me consoler,
IeJe ne veulx point du tout te le celler,
Cest quon a veu/, au temps qui est passepassé/,
Maint homme laitlaid/, et de grace effaceeffacé/,
45Pour estre serf/, et plain de loyaulteloyaulté,
AuoirAvoir iouyrjouyr de mainte grant beaultebeaulté/.
Ce que ieje ditz ce nest point mocquerie,
Il est prouueprouvé que la belle egerieEgerie
Ou tant y eut de speciositespeciosité,
50Dhonneur/, de sens/, et de diuinitedivinité,
Trop plus beaucoup que tous humains ayma
(Combien quil fust laict/, et iaja vieulx) numaNuma.
Boyteulx estoit/, et bossu, Vulcanus
Et touteffoys aymeaymé fut de Venus.
55Pareillement, de ses membres petit
Donna iadisjadis de laymer appetit
AÀ calipsoCalipso/, et aà dame Circes
Le presques nain/, et difforme Ulixes/.
Quant considere/, et que seul ieje rumine/,
60Que lexcellence/, et la beaultebeaulté diuinedivine/
Ont tant voulu vseruser dhumilitehumilité
Que de daigner aymer lhumanitehumanité,
Encores fort hideuse et mal plaisante/,
IeJe te prometz que ijay tresgrande attente/,
65Que tu murasmueras quelque foys ton courage/,
(Sil nest mue) motroyant le soullage
De ton amour que ieje veulx sans cesser
Plus quaultre bien aà iamaisjamais pourchasser
Veu que tu nes en dignitedignité si haulte
70Et que tu as trop plus quelle de faulte/,
f. vi r°
De ces doulx biens que naturelz on nomme/.
Ha fol parler/ ! aHa inconstance dhomme !
Mais quay ieje dit ? Las, tu es trop plus chere
Dhonneur/, de biens/, de beaultebeaulté/, et de chere/,
75Que celles la que ieje nomme deuantdevant
Dont ieje me veulx et matriste souuentsouvent /
En ce penser/, que tant belle est ta face
Que tu merite assez dauoiravoir la grace/,
Dung IupiterJupiter/, ou bien dung Vulcanus
80Trop plus beaucoup que IunoJuno/, et Venus,
Qui me fera en brief desesperer
Car ton iouyrjouyr ieje ne puis esperer/,
Sil ne me vient de ta tresgrand humblesse/,
Et que tu daigne abaisser ta haultesse/,
85Pour me donner seullement par pitiepitié
Ung pourepovre grain de ta bonne amytieamytié.
IeJe te requiers ne vouloir regarder
AÀ ta grandeur/, car mon bien retarder
Elle feroit/. laisseLaisser la ma laidure/,
90Car aussi bien beaultebeaulté assez peu dure.
Ne pense ailleurs sinon que pour tes meurs
Et tes faconsfaçons gracieuses/ ieje meurs,
Et ieje suis seur/ que si celle part voys
Que nonobstant que foible soit ma voix,
95Le corps aussi poutpour tel bien requerir,
Que tu vouldras en brief me secourir/,
De tout cela qui est en ta pissancepuissance/,
Me concedant de tamour iouyssantejouyssance/.
Fin de la quatriesme epistre.