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- Les Epistres veneriennes, 1532
La cinquiesme Epistre aà vneune dame qui auoitavoit dit aà son amy il fault cõgoinstrecongoinstre auantavant que aymer.
f. vi v°VNeUne parolle en auantavant souuentsouvent mise
Fait perdre aux gens liberteliberté et franchise
Et vaudroit mieulx, pour vnun mal retarder,
Aulcuneffoys de parler se garder.
5IeJe le te ditz, ma dame treshonneste,
Pour ce qqu’ung iourjour te fis vneune requeste
En passant temps et sans mal y entendre
Que ieje vouldrois encores estre aà rendre.
CesSces tu pourquoy ? car ij’en euz la response
10Qui de plaisir ne me laissa vneune once/
Depuis que l’euz/, et que m’en euz fait seur.
Ce fut alors, ma maistresse/ et ma seur,
Que ieje te dis si tant tu m’extimoys
Que me voulusse aymer/, si ieje t’aymois.
15Responce fut soubdain aà mon oreille
Que ton amour seroit toute pareille
Comme la mienne. Ha qu’il fut malheureux
Pour moy ce mot/ ! iJ’en deuinsdevins douloureux
Et en perdis toute ma liberteliberté.
20IeJe touteffoys, voyant l’honnestetehonnesteté
Dont procedoys vers moy, de cela indigne
Te merciay d’ung mercy/, non condigne
De si hault bien que tu me presentoys
Et tant plus fort que ma playe euentoyseventoys
25Qu’amours desiadesja faict auoitavoit aà mon cueur/.
De tant plus fort ieje te trouuoystrouvoys vigueur/,
Pour m’en saner/, auecquesavecques vngung promettre
Que tu vouldrois en ton deuoirdevoir te mettre
De me donner entiere nourriture/,
30De ce doulx fruyt que nous preste nature/,
N’estoit vngung cas/, que nostre congnoissance
AuoitAvoit encor assez peu de puissance
Et qu’il falloit congnoistre auantavant qu’aymer.
Tant te requiers me vouloir extimer
35Que de ce mot me croire fermement :
f. vii r°
C’est que ieje suis tout tien entierement
Sans qu’en cela de mauuaismauvais penser ieje vse/.
AÀ decepuoirdecepvoir dames ieje ne m’amuse
Car aussi bien quant m’y amuseroys,
40Les abuser par ma foy ne scauroyssçauroys :
IeJe suis trop sot/, et quant le pourrois faire,
IeJe prie aà dieu qu’il me vueille deffaire
MauuaisementMauvaisement/, si pour perdre la vie,
De les tromper il me prenoit enuieenvie/.
45Il ne fault point attendre aà me congnoistre :
Tu scez autant de moy/, et de mon estre
Comme se au toy/ ij’auoysavoys tousiourstousjours esteesté
Depuis le temps qu’au monde suis boutebouté
Et ne suis point si fort dissimuleur
50Que ieje voulusse acquerir la valeur
De ton amour/, par fainte ny mensonge/.
IeJe te prometz qu’aà cela ieje ne songe/,
IeJe suis tout tel/, et de tel cueur pourueupourveu/,
Comme mon dire as par cy deuantdevant veu/.
55Amours me soit auantavant de mort donneur
(Si tu me faitz octroy de ton honneur)
Que d’acomplir (car il m’est par trop cher)
Cas qui le puisse aucunement tacher.
Ne doubte plus/ m’en octroyer le bon
60IeJe n’en feray/ pour mourir habandon
Ains ieje te iurejure/, et te prometz, ma dame,
De le garder/, ainsi que ma propre ame/,
Et quant aucun en vouldroit mesdire
Ne pense pas/ que ieje souffrisse dire/,
65Chose qui fust au tien desauantaigedesavantaige.
Plus tost mourroys/, ieje te ditz, deuantdevant aage
Et n’ay si fort ma propre vie chere
Comme l’honneur de toy, ma dame chere,
Que ieje te pry (sans iamaisjamais t’en oster)
70Entre mes mains asseurement bouter
f. vii v°
Comme ij’ay mis en toy totallement
Et mon honneur/, et mon entendement/.
C’est ce que veulx maintenant te mander,
Te suppliant de me recommander
75AÀ ta doulceur/, et aà ta bonne grace
En attendant que tant de bien me facefasses
De me donner et le temps et loysir/,
OuOù de toy puisse acomplir mon desir/.
Fin de la cinquiesme Epistre.
