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- Les Epistres veneriennes, 1532
La septiesme Epistre aà vneune dame pour auoiravoir iouyssancejouyssance de sa personne.
f. ix r°TATa bonne grace et ta beaultebeaulté gentille
M’ont aà t’aymer rendu plus que facille
Et te prometz que l’amour que te porte
Ung grant trauailtravail/, et grief tourment m’apporte
5Qui n’est pas droit ne chose raisonnable
Car ieje ne dois estre veu miserable/,
Et endurer angoisse sans pitiepitié
Pour te porter, ma maistresse, amytieamytié/.
Certes l’amour/, et bonne fantasie
10Dont ma penseepensée est maintenant saisie/,
Ne vient dailleurs/, sinon de ta beaultebeaulté/,
Et mon tourment/ vient de ta cruaultecruaulté/,
Qui choses sont aussi peu accordantes
Comme rudesse/, et amour discordantes
15Et qui me font tumber en desespoir/.
Ton vis tant beau touteffois, quelque espoir
Il me presente et attente me donne
D’auoiravoir iouyrjouyr de ta gente personne.
Mais ta crueur/, aà ta beaultebeaulté contraire,
20De cest espoir fait le mien cueur retraire/,
Et m’a iurejuré par la diuinedivine essence
Que de ton corps ieje n’auray iouyssancejouyssance/.
Las ces propos ne me sont pas beaulx ieuxjeux,
Mais de ma mort moyens trop oultrageux
25Car ieje scaysçay bien/ que ieje m’en voys mourir
Se aà ta doulceur ne plaist me secourir/.
Doncques, m’amye et tendrette popine,
Pour me garder/ que de brief ieje ne fine,
Faitz moy ce bien/, et me donne la grace
30Que toute nue entre deux bras t’embrasse/,
Ou aultrement ieje suis mort sans rappel
Car ton beau tains/, et ta tant blanche pel
Ont si surprins/ mon pourepovre entendement
Que ieje ne puis eschapper/ aultrement
f. ix v°
35Ceste douleur/, et peine merueilleusemerveilleuse/,
Sinon par mort/, si tu ne m’es piteuse/.
IeJe te requiers ne m’estre tant villaine
Que ieje ne soys mis hors de ceste peine/,
Car sur ma foy tu porterois grant blasme/,
40Si ieje mouroys par toy, ma doulce dame/.
Doulce ieje ditz de faconfaçon/, non de faitz,
Si mon tourment en brief tu ne deffaitz
Et que ne donne aà mon cueur iouyssancejouyssance/,
De ce bien seul qui gist en ta puissance/.
45En esperant estre mis hors d’esmoy
Et que bien tost auras pitiepitié de moy/,
(Sans grand pitiepitié vneune face n’est telle)
AÀ mon escript feray la fin :, oô belle,
Te suppliant de ce que ieje te dit
50Et quand ij’auray de toy tant de credit
Par le hault ciel ieje te iurejure et prometz
Que ieje seray le tien serf aà iamaisjamais,
Ton serf loyal/, et fidelle seruantservant,
Tous tes propos si tresbien obseruantobservant
55Sans que ieje fasse en rien aulcune faulte
(Si n’est la chose aà faire par trop haulte)
Et dauantaigedavantaige (ainsi le dois penser)
IeJe ne fauldray aà te recompenser
Ou soit du corps/, soit des biens/, ou de l’ame/,
60Comme vouldras/, ma chere et bonne dame/.
Sur ce passaige/, et en ce propre lieu
IeJe supliray treshumblement aà dieuDieu/,
De tant de biens que tu soys ressaisie
Comme ij’en ay assez la fantasie/,
65Qui cest escript t’a maintenant donnedonné
CesSces tu qui c’est/ ? L’esclaueEsclave fortunefortuné,
Celuy pour vray qu’aulcuns tiennent factiste,
Qui pour t’aymer/, est deuenu trop triste/.
Fin de la septiesme Epistre.
