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  • Les Epistres veneriennes, 1532
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La huytiesme Epistre aà vneune dame qui auoytavoyt promis de porter amytieamytié aà son amy qui len remercye.

PArisParis ne fut iadisjadis plus resiouyresjouy
Quant de lamour DdhelaineHelaine il eut iouyjouy
Comme ieje suis dauoiravoir tamour acquise,
Des femmes lune en beaultebeaulté plus : exquise,
5Et te prometz que ijen faitz plus de cas
Que se ijauoyeavoye vngung monde de ducas
Car il nest or que ieje puisse exstimer
Tant que ieje faitz ta grace/, et ton aymer/.
Ce nest pour rien/, car pour faire vneune harengue
10Ny a en France vneune plus docte langue
Et au chanter passes vneune Cyrene
Quant au beau tains, tu sembles vneune Helaine,
Si proprement que viuantvivant Alexandre
Ne sis’y vouldroit iamaisjamais seruiteurserviteur rendre
15De son amour/, pour la tienne acquerir/.
Ay ieje failly doncq aà te requerir ?
Non, sur ma foy : veu que tes faconsfaçons belles,
Les primes sont de toutes les mortelles
Et nen y a vneune seulle en ce monde
20Qui soit de toy plus gracieuse/, et munde/,
Plus amyable/, humble/, gente/, et iolyejolye/,
De tous costez si tresfort embellye
Que son heroHero oublieroit leanderLeander
Pour seullement ta grace demander/.
25Quoy demander ? le dieu altitonent
Men soit tesmoing ? : sil viuoitvivoit maintenant
Et que de toy eust telle congnoissance
Ainsi que ijay/, pour en cueillir plaisance,
Il passeroit vneune si large mer.
30Comme pourroye estre long/, par rimer,
Suffisamment narrer tes bonnes graces
f. x v°
Enquoy pour vray toutes femmes tu passes/,
Or puis que tant, ma dame, es vertueuse
Penses combien ma personne est heureuse/,
35Dauoiravoir loctroy de ton amour acquis,
Lequel ieje scaysçay auoiravoir esteesté requis
De maintes gens plus beau quoncques ne fuz,
Desqueulx as fait entierement reffuz
Pour aà moy seul/, qui suis vngung estranger,
40Humainement du tout ton cueur ranger/.
Nesse raison pour si precieulx don
Que ieje te face amplement habendon
De ce que ijay au corps et aà la vie/ ?
Si est pour vray ?, croy doncq que mon enuyeenvye
45Est en cella, ma maistresse et ma dame,
Que tout est tien/, et mon corps/, et mon ame
Desqueulx tu peulx en prendre le seruiceservice,
Ainsi que faict le prieur/, dung nouicenovice.
Commande/, ditz/, vueille faire/, ou deffaire :
50IeJe suis tout prest de tout ton vouloir faire
Sans point vseruser en cella de redite
Et combien que ma force soit petite,
IeJe te requiers ne vueille ailleurs vertir
Pour ton penser aà aultruy departir
55Car ieje te faitz de moy ceste asseurance
Que ieje ne scaysçay homme ayant or puissance
Qui se voullust/ employer, par ma foy,
Pour te obeyr, de meilleur cueur que moy.
IeJe y suis tenu plus quaulcun au vray dire,
60Puis quil ta pleu/, par dessus tous meslire
Pour seruiteurserviteur seul/, loyal/, et vnicqueunicque/.
IJaurois le cueur trop mauuaismauvais et inicque
Si ieje souffroie (ou ieje le peusse faire)
Aultre que moy fournyr aà ton affaire/.
65VsesUses de moy doncq/, comme de celuy
Qui est aà toy/, trop plus quil nest aà luy,
f. xi r°
Et tu verras par effect/, et par signe
Si ieje ne suis de seruirservir assez digne/.
Non digne assez de seruirservir dame telle/,
70Car il ny a force qui soit mortelle/,
Qui digne soit de seruiceservice te rendre/,
Pour les vertus quon pourroit en toy prendre,
Mais ijentens : digne en peine/, et loyaulteloyaulté,
Enquoy seruirservir mainte grande beaultebeaulté
75IeJe puis assez/, et autant que viuantvivant
Qui en la court damours soit poursuyuantpoursuyvant
IeJe peulx tresbien de cela me vanter/,
Tu le scaurassçauras aà mexperimenter.
Qui est la fin de ma longue escripture,
80Priant aà dieuDieu que ta belle nature
Vueille garder en santesanté si tresbonne
Que le iouyrjouyr briefuementbriefvement il men donne
Comme humblement ieje luy en faitz demande,
Pour le present autre cas ne te mande
85Fors quil te plaise/, aà iamaisjamais me tenir
Comme aà iamaisjamais ieje te veulx retenir.
Fin de la huytiesme epistre.