Versions
- Repérer les variantes
- Les Epistres veneriennes, 1532
La dixiesme Epistre aà vneune dame aà qui il n’estoit permis parler.
IEJe prye aà dieuDieu que la malle fortune
Puisse confondre vneune faconfaçon commune
Qu’on tient ceans de non parler ensemble.
Ceste coustume est folle ce me semble/,
f. xii v°
5Car si ieje veulx aà quelcung racompter
Ou aà quelcune vngung bon propos compter,
Qui me deffend que par mon escripture
Ne luy en face ample et saine ouuertureouverture/ ?
Homme ne scaysçay qui bien m’en sceust garder
10Pour espier/, guetter/, ou regarder,
IeJe scaysçay trop bien celler chose couuertecouverte/.
Puis qu’ainsi est, pourquoy ne m’est ouuerteouverte
Et concedeeconcedée entierement licence
D’entretenir chascun aà ma plaisance/ ?
15Scez tu pourquoy ? iJ’en ditz ce que ieje pense :
C’est pour autant qu’en ceste laide place/,
Ne m’est permis fors que de veoir ta face,
Qui m’est tourment autant grant que penible/,
Car congnoissant m’estre presque impossible
20De te narrer ce qu’en mon cueur ieje porte
AÀ tout par moy me deulx et desconforte
Pensant de fait que ieje ne gaigne rien
Ta face veoir sans auoiravoir aultre bien,
Et puis que tant infortune me touche
25Que ieje ne puis t’entretenir de bouche,
Presentement ceste lettre t’enuoyeenvoye
AÀ celle fin que mon vouloir tu voye
Et que du cueur te soit dit le penser/.
Saiche pour vray (ce soit sans t’offenser)
30(IeJe ne vouldrois te faire offence fine()
Qu’incessamment tes vertus ieje rumine,
IJ’entens : vertus de ton corps procedantes
Qui m’ont esteesté quelque foys apparentes
Et par escript/, et par faconfaçon de faire,
35Esquieulx ne puis bonnement satisfaire
Donner louenge/, et congnoissable pris
Car pour ce cas ieje suis trop mal apris.
Besoing seroit pour bien les declarer
VngUng maistre Alain tout vif desenterrer
f. xiii r°
40Ou maistre IehanJehan qu’on surnomme de mehunMehun
Qui le parler n’ont comme moy commun
Mais esloquent assez suffisamment
Pour aà tes faitz donner decorement.
IeJe te requiers, nonobstant ma rudesse,
45De prendre en gregré mon vouloir sans l’adresse/,
Et aussi bien de moy te contanter
Comme si mieulx te pouoispovois presenter.
C’est l’endroit mesme ouoù fin faitz aà ma lettre/,
En attendant que dieuDieu vueille permettre
50Que plus aà plain soubz seure couuerturecouverture/,
De mon cuyder ieje te face ouuertureouverture/,
Priant iesusJesus te donner longue vie
Ainsi qu’en as proprement bonne vie.
Fin de la dixiesme epistre.
