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- Les complainctes, 1530
- Les Epistres veneriennes, 1532
La vnziesmeunziesme Epistre a vneà une dame par lesclaue fortunel’esclave fortuné.
MOnMon seul plaisir/, ma ioyejoyeMa seulle ioyejoye/, mon plaisir/, mon confort :,
Mon petit cueur/, : mon desir/, : mon support
Tout mon reffuge/, : et la miennetoute mon esperance
Mon entretienMa mignonne/, m’amye/, et&et ma plaisance
5Ma vie/, : etma mort/, : et ma seulle exstimeeexstimée
Tant que viurayvivray de moy sera aymeeaymée
Comme ressourt/, et tresampledes dames le ressourt &et fontaine
De grand beaultebeaulté/, : etla source souuerainesouveraine
De bonne grace etDoulce aulmosniere de gracieulx regardz
10La garde ayantAvant la garde des flesches et&et des dardz
De Cupidocupido/, : et de Venusvenus sa mere
La pomme d’or/, : qui grand douleurdoulleur amere
Au beau Parisparis causa le temps iadisjadis
Car tous tes faitz/, : tes parolles/, : et ditz
f. cviii r°
15Te sient si bien que d’icelle Venusvenus
Fille on te ditdict/, : nompas de Vulcanusvulcanus
f. xiii v°
Ains Dd’apolloApollode mercure/, : veu que toute eloquenceelloquence
Habite en toy/, : et passes toutes en ce.
Que diray ieje de ta grande beaultebeaulté
20De ton couragecouraige/, et magnanimitemagnanimité
De ta franchise/, : aussi de tonde ton lotz : et pouoirpovoirpouuoirpouvoir
De ton honneur/, : et sublime scauoirscavoir
De ta prudence/, et foy inuioleeinvioléeinuiolleeinviollée
Qui ne s’en est comme d’aultres volleevollée ?
25Certes il vault beaucoup mieulxmyeux m’en taiser
Que d’en parlerescripre/, : car ieje ne scay paiser
Tout iustementjustement/, : la balance est petite
Et le fex grand/, : qui me rond et despite
Et fault que laisse enpar faulte de scauoirscavoir
30De te louer m’amye et dire voirveoir
Et me souffist que bien il me souuiennesouvienne
De quelque part que le vent souffle et vienne
Que de beaultebeaulté entierement tutoutes femmes passe
Le feminin/, ainsi queEt que tu soys du monde l’outrepassel’oultrepasse.
35IeJe prise plus de ton corps le maintien
Que de Lucresselucresse vngungle pudicque entretien
IeJe prise plus ta maniere et faconfaçon
Que le pouoirpovoir/, : et force de sansonSanson
IeJe prise plus veoir ta ioliuetejolivetéioliuettejolivetté
40Que d’auoiravoir biens en grande quantitequantité
f. cviii v°
IeJe prise plus te veoir ioyeusejoyeuse et gaye
Et gayement dancer vneune vergaye
Que ieje ne faitz le tresor et grant tas
D’or et d’argent qu’auoitavoit iadisjadis mydas.
45Puis que aà te veoir ieje prens tant de plaisir
Et en tes faitz vngung si parfontparfait desir
Que ieje me tiensme repute quasi le plus heureulx
Qui soit viuantvivant dessus lapour stheure dessus terre/, et cieulxcyeulx
Regarde doncq/, si vneune iouyssancejouyssance
50IauoyeJ’avoye de toy/, et que ieje iouyssejouysse en ce
Que le tien corps fustfeust/, : auecquesavecques le mien
f. xiiii r°
LyeLyéLieLié bien fort d’ung amoureulx lien
Dedans ta chambre et bien acoustreacoustré lict
Pour auecqavecq toy prendre vngung peu de deslict
55Combien seroye exaulceexaulcé en valeurvalleur
Et quel grand heur me seroit sans malheurmallheur.
Se ainsiainsy estoit ieje te prometz ma foy
Que le boyteulxboiteulx Vulcanvulcan en desarroy
Nous eust couchez de ses petitsensemble couchez / de ses liens
60Prins et lyez/,liez : par fins tours et moyens
Et que des dieuxdieulx nous fussions regardez
Ainsi tous nudz estroictement gardezliez
IeJe ne vouldrois celacella prendre aà iniureinjure
Comme mars fist/, ains prometz et te iurejure
65Qu’estimeroys celacella le plus hault bien
Qui sceust venir aà quelque homme terrien
f. cix r°
Car en beau tainsbeaultebeaulté de Venusvenus es maistresse
Et en scauoirscavoirscience de Pallaspallas vainqueresse,
En gros auoirsavoirsrichesses tu surmonte IunoJunoiuno
70En bon acueilaccueil la plaisante Dido.
IeJe croy que si Parisparis estoit viuantvivant
Qu’il laisseroit tousiourstousjours le plus souuentsouvent
Son Ilionilion/, non pour rauirravir Helainehelaine
Ains pour rauirravir ta beaultebeaulté souuerainesouveraine.
75Si IuppiterJuppiteriuppiter regardoit de ses cieulx
Les doulx regardz prouenansprovenans de tes yeulx
Les motz plaisans qui viennent de ta bouche
LesquieulxDesquieulx souuentsouvent tu metz en haulte touche
De rhetoricque/, aultrement ne puis croire
80Que incontinentincontinant il ne laissast sa gloiregloyre
Et qu’il ne print du thoreauthoureau le blancblancg lozlotz
Pour te rauirravir et mettre sus son dosdotz
Affinaffin qu’il fist de toy son bon plaisir
Ainsiainsi que ij’ay proprement le desir.
85Et qui ta face aà Dedalusdedalus diroit
Son laberinthe imparfaict laisseroit
f. xiiii v°
Prenant son aille enses aelles de cyre glutineeglutinéeglutineesglutinées.
Et feroit tant par sa grande iourneejournéeces grandes iourneesjournées
Qu’il paruiendroitparviendroit aà ton manoir anticque
90Pour seullement veoir ton vis deificque.
Que feroys tu insigne Pacoletpacolet
Si tu veois le sain et le collet
f. cix v°
De ce gent corpsceste dame ? parPar ta foy ne mansmens point,
Vouldroys tu pas donner chaussechausses et prepoint
95Robes/, habitz/, et ton cheual de boys
Pour en iouyrjouyrioyrjoyr seullement vneune foys ?
Mercure et toy messager duEt toy mercure le missagier celleste
Vouldroys tu pas ton gallere honneste
Ton caduceecaducée auecquesavecques tes tailleres
100AuoirAvoir donnez/, et pour tout tes sallaires
Prendre auecqavecq elle vneune nuyt de soullassoulas
Et de vosvoz corps en parfaire vngung seul las ?
ViencaViença cruel violateur Tarquintarquin
Si tu veois le plaisant musequin
105De ceste dame/, et amoureulx corsaigecoursaige
Le beau parler / et tant miste langaige
Ne vouldroys tu nonobstant ta noblesse
Laisser en paix la pudicque lucresseLucresse
Pour celleceste cy aà force violer ?
110IeJe croy que ouy/, oy il ne le fault celler
Car belle plusde plus belle ne futfeut iamaisjamais au monde
Et ne sera tant plaisante et monde
Comme tu es/, bien heureuse est la mere
Qui te porta/, bien heureulx est le pere
115Qui t’engendra/, fortuneefortunée la nourricenourrisse
Qui t’alecta encores sotte et nice
Trop heureulx sont tes parens et amysamis
Considere qu’en ton corps dieu a mys
f. cx r°
Tant de bontebonté/, de beaultebeaulté/, et de grace
120Tant de richesserichesses/, en ta celestecelleste face
Tant de pouoirpovoirpouuoirpouvoir en ton corps gracieulx
f. xv r°
Que tu pourroispourroys maulgremaulgré tous enuieulxenvieulxenuyeulxenvyeulx
AÀ ton amour attyrer vngune ymaige
Faicte de pierre/, et mettre aà ton seruageservageseruaigeservaige.
125Toy appelles le paintre nompareil
Auquel iamaisjamais homme ne futfeut pareil
Si eusse veu la maniere et faconfaçon
De ceste dame/, or me dis quelpar ta foy quelle leconleçon
Eusse vouluvoullu plus suffisantesouffisante apprendre
130Pour le beau visla beaultebeaulté de Venusvenus bien comprendre
Que ceste cy / certes nulle aà vray dire
Veu que celle estc’est celle / qui tous les autres empire
Et qui leurleurs faitz rend et fait si confusconfuz
Que de les veoir aupresauprès ce n’est qu’abusqu’abuz
135Mais aà quoy tientpourquoy esse que tant ieje me trauaille
AÀaÀ extoller la maniere et la taille
De ton beau corpstes beaulx membres /, sus ma foy ieje ne scay
Mais si ij’auoysavoysauoyeavoye la science aà l’essay
De Ciceroncicero/, Ennyusennyus/, ou Virgillevirgille
140Homerehomere/, Plauteplanteplaute/, OrasseOrace/, et Cleophillecleophille
De langue autantautant de langues qu’auoitavoit Argusargus iadisjadis
Dieulx en la teste et en faitz et enpar parolles et ditz
IeJe ne pourroys bonnement satiffaire
AÀaÀ te louer/, ny ta beaultebeaulté parfaire.
145Pour ce te pryprie ma maistresse et ma dame
Treshumblement de cueur / de corps : et d’ame
D’ung bon vouloir/, : et de sang bien rassis
Que soyeieje soye l’ung de ceulx qui sont assis
Sur le degredegré appelleappellé iouyssancejouyssanceiouyassancejouyassance
150Et que vneune foys ieje puisse iouyrjouyr en ce
ApresAprès grant peinegrands peines et/, tourmenttormentz soustenussoubtenuz
Que dans vngung litlict corps / aàaà corps, nudz / aàaà nudznuz
IeJe puisse faire ettant destocdestocq/, et que de taille
QuequeQue ieje te liurelivre vneune doulcela ioyeuse bataille
155QuequeQue Marsmars liuralivra aà la belle Venusvenus
QuantquantQuant les surprint le boyteulxboyteux Vulcanusvulcanus
f. xv v°
Ou aultrement ij’espaire que atroposAtropos
Me rongera cueur, / teste/, iambesjambes/, et&et os
EtetEt que de brief porter il me fauldra
160OuOù peine et mal iamaisjamais ne me fauldra.
Fin de la vnziesmeunziesme Epistre.
