Versions
- Repérer les variantes
- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
f. Bi r°
La douziesme EpistreEpistre enuoyeeenvoyée aà haulte et puissantepuissãtepuissante dame ma dame Katherine Damboysed’Amboyse /, dame de Lignieres.
HErsoirHersoir bien tard mon cueur aà s’esmoyer
Et mes deux yeulx se prindrentprĩdrentprindrent aà lermoyer
Pour les ennuitz/, quiq̃qui le miẽmien corps tourmẽtẽttourmentent
Si que mes nerfzmembres sans cesser encesse s’en lamentent
5Et mes esperitz de bon sens separez
f. Bi v°
Ainsi qu’aigneaulx par les champs esgarez
Ne scauanssçavansscauentsçavent ouoù retirer leur nature/,
Pour obtenir franche et seure pasture
IeJe me plaignoisplaignoys de mon aduersiteadversité
10De mon malheur/, miserema misere/, malheur/, et pouretepovreté
IeJe detestoysdetestoye fortune la mauuaisemauvaise
Qui ne voulut oncques me donner ayse
Ains de douleursdoulleurs assez grande largesse
OuOù iayj’ay tousiourstousjours consommeconsommé ma ieunessejeunesse.
15Excogitant les accidens diuersdivers
Dont tous les ioursjoursaà toute heure mes cinq censsens sont couuerscouvers
Banny d’espoir d’auoiravoir iamaisjamais plaisir
Legier vouloir vint le mien cueur saisir
Par mort soubdaine et de mes propres mains
20Me separer d’auecquesavecques les humains
Et tout ainsi ma vie terminer
Comme Dido fist la siennela sienne voulut Dido finerDido.
Quant elle vit le TroyenTroyan equippage
Pour s’en aller sortir hors de cartaigeCartaigeChartaige..
25Doncques voulantvoullant mon vueil executerexcecuter
f. xvi r°
Sans nullement le peril discuter
OuOù iemestoysje mestoysieje mestoye pour me tuer mon ame
De son fourreau la mienne espeeespée deslame
Et contremont m’esuertueesvertue la leuerlever
30AÀ celle fin que ieje peusse trouuertrouver
Fin aà ma peine/, et languissant remort
Par malheureuse/, et oultrageuse mort
Or voulantvoullant iaja finer ma triste vie
DeuantDevant moy fut raison/, qui me deuyedevyedesnyedesnye
35LespeeL’espée du poing/, et me crye : « ha bourreau
f. Bii r°
Hola/, hola/,Que veulx tu faire : remetz en ton fourreau.
Ton fer mortelTon mortel glaiueglaive/, ne soys tant oultraigeuxoultrageux
De te tuer/, car ce ne sont pas ieuxjeux
CeluyCelluy qui est de soymesmesoy mesmesoymesmes homicide
40AÀ tout iamaisjamais auecqavecq Pluton residePlutõPluton.
OuOù il endure intollerablesnon tollerables maulx
Il te vault mieulx tollerer les trauaulxtravaulx
Qui sont mondains et bien tost finissables
Qu’endurer ceulx/, qui sont infinissables.
45Cuyde tu doncdoncques que par ainsi mourir
Peusse efforcercontraindre tes accidens perir ?
Certes nenny/, aultrementAultrement te faultfaut faire
Pour alleger ton douloureuxdoulloreux affaire
PrensPrends bon vouloircouraige/, laisse ta fantasie
50Qui ne prouientprovientprocede fors que de frenaisie
PrensPrends esperance/, et en Dieudieu te conforte
Qui te donra contre tes maulx main forte.
Cyrus qui fut nommenommé PanopolyteCyrus.
Par Theodose fut presul trespolitetheodoseTheodose.
55Qui par auantavant estoit en grant pouressepovresse
Mandro qui fut vngung marinier de gresseGrecemãdroMandro.
ApresAprès grant peine/, et tourment soustenu
Fut empereur famefamé et bien congneucongnu
Basilius sorty de MacedoyneBasiliꝰBasilius.
60Apres maintzApresmaintz maulx fut empereur ydoineidoine :,
f. xvi v°
Et Romulus nourry par vneune louelovelouuelouveRomulus.
Que maintenant si grandement on loue
Ne vit on pas imperateur de Romme ?
Tulle seruieServie au temps passepassé pourepovresi fort indigent hommeTuliꝰTulius seruiusServius.
65Fut roy aussiauissiaussi de la gente togalle
Tamburlanus par vneune sorte egalleTãburlanꝰTamburlanus.
f. Bii v°
Qui les pourceaulx gardoit en pourepovre arroy :,
Fut quelque foys des scithesScithesscythes creecréé roy
Tous les preditz en leur grande indigence
70S’ilz eussent eu si folle impacience
Que de bouter fin aà leurs pourespovres vies
N’eussent esteesté leurs personnes raviesravyes
En tel honneur/, et telle dignitedignité
Comme iayj’ay iaja cy deuantdevant reciterecité.
75De quoy concluz que tu soys patient/,
Car estre il peultil peult estre/, c’est aà bon escient
(QueQue ieje le ditz) que fortune tresgrande/,
Au temps qui vient gros honneurs/, te demande/,
Et comme dit en sa parthanesie
80Mantuanus rempliremply de poesyeMantuanus omneque excellẽsexcellens opus : et sublime futuruz est.
CeluyCelluy qui grant/, et excellent doit estre
On voit tardif et treslant le sien estre »..
Raison se teut et tant d’elle ij’aprins
Que mon bon sens aucunementaulcunement reprins
85Et appaisay quelque peu ma fureur
IeJe touteffoys encore en ma terreur
Luy ditz/ : « raison que veulx tu que ieje face / ?
Malheureux suis si bien tost ne trespasseDifficilles ortus hater : Incrementa que tarda.
Ne scez tu pas que ne scaysçay ouoù tirertyrer
90Pour me scauoirsçavoir de mon mal retirer ?
Nul ne me quiert tout mortel me dechasse
Chascun me fuyt/, et peine me pourchasse
Ne scaysçay / pourquoy fors /, que c’est mon malheur ».
AllorsAlors raison /: « ieje congnois ta douleurdoulleur
95Mais si me croys pour fin mettre aà ycelleicelle
f. xvii r°
Tu prendrasprendras/, : et si le te conseille
f. Biii r°
Vers vneune dame hardimentsurement ton chemin
IeJe congnois bien tant sonle sien cueur estre humain
Et sa bontebonté si franche et gracieuse
100Qu’elle vouldra t’estre doulce et piteuse
Et te donner alleuiationalleviation
De ta misere/, et griefuegriefve passion
Oncq Lucinalucine ne fut tant liberalleLucina.
Aux chrestienscrestiens/, ne Didodido cordialleDido.
105Aux ylliansYlliansillians/, ne Paulapaula aux RomainsrommainsPaula.
Comme ceste est aà chascun des humains
C’est en largesse vneune aultre TherlindatherlindaTherlinda.
Sobre trop plus que n’estoitestoyt columbaColumbaColumba.
Plus que ne fut hospitallehospitalle que ne fut oncq PhillisphillisPhillis.
110Doulce trop plus que ne futPlus patiente que la belle AemillisaemillisAemillis.
Que Thomiristhomiris de trop plus magnanimeThomiris.
Riche sur toutetoutes/, et sur toutetoutes humillime
Qui faict son nom en maintz pays famer.
Dieu et ses sainctz on la voit tant aymer
115Que la plus part du iourjour elle consomme
Et bien souuentsouvent la nuyt laisse son somme
Pour exorer et prier humblement.
Le sien parler desduyt si doctement
Que Pauliapaulia qui fut des grachusGrachusgracchus mere
120AupresAuprès de ceste/, auroit cascause auroit de se taire.
Que diray ieje ? au monde n’a pareille
C’est de bontebonté la dame nompareille
Elle a le bruyt d’estre tant pitoyable
Tant magnificque/, amenebenigne/, et amyable
125Que ieje ne crainsdoubte qu’ayde ne te donne
Quant congnoistra l’ennuy qui t’enuironneenvironne
Elle scet bien aussi, maintz en sont seurs,
f. Biii v°
Comme iadisjadis les siens predecesseurs
T’ontTout ameneamené des Italles en France
130Et t’onttout tousiourstousjours nourry desdès ton enfance
f. xvii v°
Comme celuycelluy qui par eulx fusfeuz esteosté
Hors des tetinsmammelles/, qui t’ont ieunejeune allaicteallaicté
Ung temps tu fus aussi son escollier
Parquoy vouldra plus tost te deslier
135De ces liens ouoù te tient pouretepovretépouuretepouvreté
Son cueur sera pour ces causes inciteincité
Par moy raison aà te pourchasser estre
OuOù seurement aà iamaisjamais pourras estre
Et subuenirsubvenir aà tes necessitez
140Considere les propos recitez
DificulteDificulté n’en faitz aulcunement
TeTy retirer dessoubz son vestement
Qui est couuertcouvert ( si bien tu t’en recorde)
Et tout partout plain de misericorde
145Mercy aura de toy et de tes maulx
Et mettra fin sans faulte aà tes trauaulxtravaulx
Se luy en faitz humblement la priere
Elle est pour l’heure au chasteau de ligniereLigniere
Cherche la tostviste/, metz fin aà ma doctrine
150Si as desir que de brief ton mal fine ».
Plus longuement pour l’heure ne parla
AÀ moy raison mais si tost s’enuolaenvola
Que sur ma foy ne sceuz qu’elle deuintdevint
Mais touteffoystouteffois tresbien il me souuintsouvintsoubzuintsoubzvint
155Du bon propos qu’elle m’auoitavoit tenu
SuiuantSuivantSuyuantSuyvant lequel ieje suis vers vous venu
Noble contesse ouoù iayj’ay mis monque je doibz plus aymer
f. Biiii r°
Trop plus que nulQue dame aulcune que ieje peusse nommer
Veu les biens faitz qu’il t’a pleu de me faire
160Et si souuentsouvent qu’ay peur de te desplaire
D’importuner encores ta haultessehautesse
Pour subuenirsubvenir aà ma grande pouressepovressepouuressepouvresse
Vers qui madame en tresdoucede treshaulte efficace
Il te plaira tourner ta gentedoulce face
165Et prendre esgardEt pitiepitié prendre par maniere suauesuave
f. xviii r°
AÀDe ton Michelmichel/, ton seruantservant et esclaueEsclave
Lequel ne scaitsçait de quel boysbois faire flesche
Si ton regardregart enuersenvers luy tu ne flecheflesche
IeJe te requier ayes de luyPrens il te prie de luy quelque pitiepitié
170Et vueillesvueillez tant luy porter d’amytieamytiéamitieamitié
Qu’il ayt par toy de son piteulx martire
TresbriefueTresbriefve yssue/, aultrementautrement aà mort tyre
Et ne regarde auxces faultes preteritespreterittes
Mais s’il te plaist delaissantcomme bonne n’auisantavisant ses merites
175Pour dieu/, pour bien/, pour honneur/, et noblesse
Faitz luy secours en sa triste detressedestresse
En esperantesperance que se bien tu me donne
Par charitecharité/, par douceurdoulceur/, par aulmosne
IeJe fineray mon escript en ce lieu
180Priant ma damemadame au doulxnostre plasmateur dieu
Te donner grace en viede viurevivre longuement
Prendre et auoiravoirEt en ce monde tout ton contempnementcontemptement.
Fin de la douziesme epistre.Dabit Deus
