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- Les Epistres veneriennes, 1532
La .xiii. epistre aà vneune dame assez de plus mal recongnoissante l’amour que luy auoitavoit porteporté son amy.
Ma dame quoy qu’as tu enuyeenvye de faire
Esse bien fait d’ainsi vouloir deffaire
Amour qui est de si longue dureedurée
Esse vneune chose ores toute asseureeasseurée
5Que le tien cueur du mien departira ?
Mauldit le iourjour que son dart me tira
Le faulx amoursAmours de Venus progenie
Et que ij’euz oncq auecqavecq toy compagnie
Est tu pas bien infidelle et meschante ?
10De m’estrangier sans raison apparente ?
Est tu pas bien de ton sens esgareeesgarée ?
De t’estre ainsi d’auecavec moy separeeseparée ?
Est tu pas bien d’une villaine sorte ?
De me deffendre/, et prohiber ta porte ?
15Qui tant de foys et debout et sur couche ?
f. xviii v°
Ay de baisers fait rempars aà ta bouche
Qui tant de foys triste t’ay consoleeconsolée
Par te donner de mes bras accolleeaccollée
Te concedant millions de plaisirs
20Selon ton cueur, et selon tes desirs ?
OÔ femme ingrate/, et despiteux couraige ?
Ville de cueur/, et de penseepensée vollage
Femme sans foy :, sans loyaulteloyaulté aulcune
Muable plus que n’est la prime lune.
25Comme t’aduintadvint si folle aduisionadvision
Que auoiravoir le cueur d’agir diuisiondivision
De noz deulx cueurs/, coniointzconjointz par telz serments
Comme tu scez (pense bien si ne mens) ?
Comment as tu ceste hardiesse prinse
30De separer nostre vieille entreprinse
Que ieje cuydois demourer eternelle ?
OÔ malheureuse. OÔ beaultebeaulté infidelle
De ton erreur/, et grande ingratitude
Suis appellant deuantdevant la celsitude
35De CopidoCupido/, et de Venus sa mere
Femme despite/, ainsi que fiel amere
Pour vngung seul mot profereproferé sans penser
D’ung dur congiecongié veulx tu recompenser
Ton seruiteurserviteur ?, ton amy tresantique ?
40Veulx tu laisser l’amoureuse praticque
Que nous auonsavons praticqueepraticquée tant de nuytz
En euitantevitant marrissons/, et ennuitz ?
Pour vngung seul mot ouoù ne gist importance
Ainsi que femme obfusqueeobfusquée d’inconstance
45Habandonner veulx tu du tout celuy
Qui est aà toy trop plus qu’il n’est aà luy ?
Conseille toy reduitz en ta penseepensée
Que ieje ne t’ay si tresfort offenceeoffencée
Que ieje merite estre de toy priueprivé
50Tu scez assez qu’en secret et priueprivé
IJ’ay ton honneur contre maintz soustenu
f. xix r°
En plusieurs lieux contre maintz maintenu
Ta bonne grace/, et ton honnestetehonnesteté.
Tu scez combien ieje suis honneste esteesté/,
55En ton seruiceservice/, aà quel mal/, et labeur/,
IJ’ay possedepossedé le iouyrjouyr de ton cueur
Voy cest endroit ne faitz la mescongneue
SouuenteffoysSouventeffoys en te regardant nue
Tu scez combien d’ambrassemens me fis
60Lors que premier le ieujeu d’amoursAmours te fis
Ne pers cil/, dont ton cueur est conquerant
Pour vngung nouueaunouveau/, et recent requerant
Ne pers celuy qui congnoist iaja ton fait
Et qui iamaisjamais vers toy ne s’est maffaict
65Fors d’auoiravoir dict (encor ieje n’en suis seur)
Sans mal penser/, « mauldicte soit ta seur ».
La plus que helas parolle inconsuteeinconsultée
Sans y penser aux eslemens bouteeboutée
Ha pleust aà dieuDieu qu’en mon estomac fusses
70Et que partir iamaisjamais de lalà ne deusses.
Ha pleust aà dieuDieu que lors que ce mot ditz
Eussent esteesté mes sens tant estourdis
Que n’eusse eu pouoirpovoir de proferer
Mot qui me cause vngung tel desesperer.
75Ha mot/, ha mot que ij’ay par toy grant perte
Bouche villaine vngung peu tost fuz ouuerteouverte
Cueur par trop prompt aà tel mot concepuoirconcepvoir
Qui de tel dueil me faict apperceuoirappercevoir
Regrette las parolle tresmauuaisetresmauvaise
80De ton acteur le bien/, repos/, et l’ayse
Qu’il a perdu pour t’auoiravoir engendreeengendrée
Parolle ville et de dueil encendreeencendrée
Lors que te fis que ij’eusse esteesté aà naistre
Si grief tourment ne seroit en mon estre
85Que vault cecy ? ce parler fut mal dit
Mais que par luy ieje perde mon credit
f. xix v°
N’y a raison/, cause/, loy ny iusticejustice
Si ij’ay failly/, et qu’en moy y ait vice
(Ce que consens/, pourtant que t’ay mauldicte)
90Il te plaira sans en estre despite
Ouyr ce mot/, au parler ij’ay failly
Mais quelque foys aussi m’as deffailly
Ma bouche a tort de t’auoiravoir courrouceecourroucée
Et tu n’as droit t’estre ailleurs desconceedesconcée
95IeJe t’ay failly en parler/, mais en faire
SouuentSouvent as peu mon mal parler deffaire
IJ’ay fait offence en parler seullement
Mais toy de faict assez lubricquement
DonDont l’erreur est de trop plus punissable
100Parquoy concludz que plus est exccutableexcusable
L’offence mienne/, et ma faulte verballe
Que ton erreur/, qui semble estre venalle
Parquoy beaucoup ij’ay meilleure raison
Me prohiber moymesmes ta maison
105Que toy tu n’as de la me prohiber
IeJe touteffoys ay voulu cohiber
Celle raison/, qui me pryoit ce faire
Et n’ay voulu nostre amy teamytie deffaire
Pour quelque erreur que tu aye commis
110Combien que sache auoiravoir esteesté con mis
AÀ l’abendon/, aà plusieurs/, en maintz lieux
Pour s’esiouyresjouyr/, ieje ditz aà qui mieulx mieulx
Et neantmoins ieje n’en ay fait semblant.
Tout vngung m’estoit qui te fust assemblant
115Mais que permisse aussi que t’assemblasse
En quelque lieu secret/, ou sure place
Ce que ieje quiers : te suppliant permettre
Le tien courage en oubly l’erreur mettre
Que l’autre iourjour enuersenvers toy fut commise
120Comme la tienne ay dessoubz mon pied mise.
En ce faisant ieje te prometz ma foy
f. xx r°
Beaucoup feras/, et pour eulx et pour moy.
Faitz ce que dis et n’ensuis pas ton yre
Qui te pourroit (que prouffiter) plus nuyre
125N’estime pas que ieje soys si belin
Que ieje n’entende assez le iobelinjobelin
IeJe suis de chair ieje suis d’os composecomposé
AÀ te seruirservir/, ou facher disposedisposé
IeJe scay que cestc’est de viurevivre maintenant
130Absent de toy/, ou bien tentretenantt’entretenant
IeJe scaysçay que c’est vngung congecongé/, vngung recueil
Ung bon regard/, vngung mauuaismauvais aspect d’oeilœil.
IeJe ne suis plus amoureulx tynucule
IeJe cuyde l’ardart trop plus que ridicule
135Traicte moy doncq comme ancien amant
Ou tu t’en vas toymesmes diffamant
Traicte moy bien/, et iayje par ma triste ame
Te seruirayserviray comme maistresse et dame
Traicte moy bien et me faitz bonne chere
140Et ma puissance tu ne trouuerastrouveras chere
Ains te seray tresloyal seruiteurserviteur
Et de scandalle enuersenvers toy euiteureviteur.
Ne me pers point pour si peu de parolle
Oncques ieje n’euz comme ditz la verolle
145Oncques ieje n’euz chancre ne boussouflure
Bosse chancreuse/, ou gouttes/, ou enfleure
Dont ieje mercye vngung bon dieuDieu alligere
Qui m’a gardegardé de si ville megere.
Que fault il plus ? aà quoy tient il qu’astheure
150Que tu ne m’ayme/, et que ne me sequeure
De ta nature et corporel auoiravoir ?
Veulx tu de moy presens riches auoiravoir
Veux tu rubis/, perles/, ou dyamens ?
Ce sont les biens de plus nouueaulxnouveaulx amans
155Ce sont presens que recens amoureux
Aux dames fontl, pour n’estre langoureux
f. xx v°
IeJe n’ay que faire aussi ne l’entens pas
Que le mien corps ij’amorce en ces appas
IeJe cuyde bien que ne veulx commencer
160AÀ maintenant mes presens t’aduenceradvencer
Car d’aultreffoys m’as seullement amay
Pour ton plaisir/, non que fusse exstimay
Ou en auoiravoir/, ou bien en bonne grace
Car en ces deux chascun homme me passe
165Chascun me passe/, et chascun me surmonte
En tous les biens dont les femmes font compte
Fors en vngung cas/, enquoy ieje n’ay second
C’est que ieje suis en loyaulteloyaulté fecond
En loyaulteloyaulté ieje passe/, ou aumoings suis
170Esgal aà tous (bien vanter ieje m’en puis)
Loyal m’as veu/, et loyal m’as trouuetrouvé
Tant qu’auecqavecq toy ij’ay doulcement ouureouvré
Loyal seray/, et loyal me verras
Acomplissant ce que commanderas
175Si vneune foys sans plus vseruser d’audace
Tu me remetz au tresor de ta grace
IeJe t’en requiers/, et supplie humblement
Sans desirer nostre separemant
Par qui serois facheusement trompeetrompée
180Et moy occis par moy de mon espeeespée
Sur ce propos priray te contanter
De cest escript/, duquel sans l’esuenteresventer
Feras laicture et apres l’auoiravoir lict
Me donner part de ton corps sur vngung lict/.
Fin de la treiziesme Epistre.
