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- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
f. Dvi v°
La quatorziesme EpistreLettre enuoyeeenvoyée d’une damoyselle aà soyson mary estant absent d’elle.
f. xxi r°SISi ce n’estoit la tresbonne fiance
Que garderas chastetechasteté nostre alliance
Et la promesse amy queq̃que m’as donneedonnée
Sans que ieje soye pour autrepour aultre ieje soys habandõneehabandonnéehabandonneehabandonnée
5IeJe cuideroyscuideroye queq̃que tu fisse seioursejource iour
Si loing de moy ouoù tu es en ce iourjour
AuecquesAvecques dame honneste plusamye trop plus belle que moy
Mais pourtant que me fie en ta foy
De lalà ne veulxcuyde si prolixe demeure
10Dont ieje ne me puis me garder queq̃que ne pleure
Car sans raison et tresvrgentetresurgente cause
IeJe ne te pense agirfaire si longue pause
Et ne te puis cuydert’extime vers moy tant inhumain
Que par decadeçapardeca ne reprinssereprinse chemin
15Si quelque casaffaire dont peulx estre fachefaché
Ne te tenoit si long temps empescheempesché.
OÔ quantes foys amy pensant cecy
Plaine de doubte/, et farcye de soucy
f. Dvii r°
IayJ’ay faict de pleurslhermes aà mon vis lauementlavement
20Depuis que fiz de moy ton partement.
Combien de nuytz iayj’ay faict ciel aà ma couche /
De gros souppirs prouenantprovenantprouenansprovenans de ma bouche
Rememorant en ma penseepensée honteusedoubteuse
Dont taPourquoy demeure estoittu faitz tant oultrageuse.
25Las amy las/, mercy amy mercy
IeJe te supplysupplye que brief tu soys icy
Si tu ne veulx que bien tost iejebriefuementbriefvement trespasse
Les miens ennuytz/, et mes douleursdoulleurs compasse
Pause le dueil/, medite la souffrance
30Que ieje tollere enpour ta prolixe absence
Et tu auras le cueur plus dur que fer
Ou tu seras plus loing que n’est enfer
Si tu ne viens trop plus fort que le pas
Sans au chemin prendre bien / , ou repas
35Que tu ne soys icy premierement
f. xxi v°
Las que ieje parle amy peu saigementsagement
IeJe te requierssupplye que grace m’en soit faicte
Ta bonne amourTon amytieamytié ieje congnoiscongnoys tant parfaicte
Que s’il estoit possible aà ton pouoirpovoirpouuoirpouvoir
40Que vistement tu feroisferoys ton debuoirdebvoir
De retourner vers celle qui t’escript.
Quelque malheurmallheur cause si long respit
Ou accident maulgremaulgré toy te detient
Ou maladiemalladie horribletresgriefuetresgriefve tele retient
45Pour me causerm’estre cause de doloreusedolloreuse attante.
Si cesteste raison m’estoit bien apparente
Et que causer mal sceussete sceusse mal causer ton seioursejour
IeJe me metroys en chemin desdès ce iourjour
Et ne lerroyslerroye region ny contreecontrée
f. Dvii v°
50Que de ton corps ne fusseta personne ieje n’eusse rencontreerencontrée
TresuoulentiersTresvoulentiers ieje me mettroye en voye
Si brief te veoir / , esperance n’auoyeavoye
Et ne craindroyscraindroye du chemin la longueur
Combien que soit en moy peu deij’aye femenine vigueur
55Que ce pays ne fust de moy deliuredelivre
Pour auecavec toy ouoù es prendre mon viurevivre
AuecAvec lequel ij’aymeayme trop plus aà estre
Qu’auecqueavecque aucunhomme que ieje peusse congnoistre /
yY fustfeust ma mere/, ou mon seigneur de pere /
60Et si ieje ditzte iurejure par le pouoirpovoirpouuoirpouvoir supere
Que pour toy seul les anges laisseroye
Non eulx/, aussiaussy le ciel delaisseroye
Si tu vouloys aultre part demeurer
Pour auecavec toy aà iamaisjamais me tirertrouuertrouuer
65Regarde donc/, et penses vngung petit
Quel soulassaulas iayj’ay d’auoiravoir tel appetit
Quelle liesse en mon cueur prentprent en mon cueur aysance
Me voyant loing de ta doulce presence.
Certes ieje croy que la peine n’ont telle
70Les belidesseurs Belides par sentence immortelle
f. xxii r°
(IeJe m’esbahis comme suis assez forte)
Comme stella qu’incessamment ieje porte
OÔ mien amy/, ma ioyejoye/, mon confort
En ce tourment enuoysenvoys moy reconfort
75Si n’as loysirloisir toy mesmes l’apporter
Plus longuement ne puis mon dueil porter
Le pouoirpovoirpouuoirpouvoir fault/, leLe cueur se rendrent deffaict
Si de par toy bien tost il n’est refaict.
OÔ sexe mien / o, ô femininefemenine bende
80Vueillez respondre aà ma iustejuste demande
f. Dviii r°
Celles ij’entensIJ’antens vous femmes qui aymez voz maris :
Ont tort mes sens d’estre tristes et marris
De si long temps sans celuycelluy demeurer
PriueePrivée de qui ne puis viuevive durer ?
85IeJe scaysçay pour vraycuyde certes que vous direz que non
Aumoins si vous aymez vostre renom
Si vous aymez loyalle renommeerenommée
IeJe ne seray pour ce de vous blasmeeblasmée
IeJe cuidecuyde bien/, cecy ieje ne veulx taire
90Qu’aucunsaulcuns pourroyentpourroient si tresfort me meffaire
Qu’ilz narrrerontvouldroient dire que telle intention
Procederoit de folle affection
Beaucoup plus tost que de bonne amytieamytié
Las trop seroit sur moy dict la moytiemoytié
95IeJe ne suis tant de voulente pourueuepourveue
Que n’ayme plus que le plaisir la veue,
Honneste femme espoux pointson espoux ne desire
Pour en auoiravoir ce qu’on pourroit bien dire
Ains le requiertse contente presprès d’elle le tenir
100Pour en plaisir le mettre et retenir
Et luy suffist pour son contentement
Le veoir tousiourstousjours en tressain portement
Si mon espoux presprès de moy ieje desire
C’est pour le veoir/, pour mes penseespensées luy dire
105Et si ne peult ce mot mal me valoirvalloir/,
f. xxii v°
Pour le baiser quant ij’auray le vouloir
Et me suffist aultre ioyejoye n’en auoiravoir
Fors qu’en santesanté en sa maison le voir
OuOù ieje le pense en plus grant seureteseureté
110Qu’en lieu estrange ouoù n’a affiniteaffinité.
Viens doncquedoncques amy si tu as la puissance
f. Dviii v°
Sans faire plus prolixe demourance
Ou escriptz moy que tant ieje me trauailletravaille
Que deuersdevers toy sans faillir ieje m’en aille
115IeJe te prometz/, si m’enme faitz escript tel
Que ieje lairray bien tost le tien hostel
Pour prendre voye/, ousoit par temps beau ou lait
AuOuAu lieu : ouoù puisse embrasser ton collet
Et ce pendant que tel plaisir m’aduienneadvienne
120Te supplyray amy qu’il te souuiennesouvienne
De ton espouse/, ayantqui du boys surnomprent surnom
Et que cherir tu vueille tant sontu vueille tant cherir le sien nom
Que de porter ceste table d’attante
OuOù est escriptescript/, maulgremaulgré moy me contante
125Laquelle amy quant vouldras aduiseradviserl’aduiseradviser
En lieu de moy te plaira la baiser.
Sur ce propos fin feray aà ma lettre
Supplyant dieuDieu que sain garde ton estre
Et qu’il te donne vneune si bonnesi treslegiere aysance
130Que puisse auoiravoir auiourdhuyaujourdhuyce iourdhuijourdhui ta presence.
Fin de la quatorziesme epistre
