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La .xvi. epistreEpistre d’ung gentilhomme qui se complaint de la cruaultecruaulté de s’amye :
OÔ Cueurcueur cruel plus felon que le TygreTigre
Plus spacieulxspacieux en durtedurté que le Tybre
Plus dur que n’est fer/, pierre/, ou dyamentDyamant
Ne pourroit point l’oraison d’ung amantN’est il possible que pierre d’ayment
5Rompre ton cueur/, desmolir etTe puisse rompre / amolir / et cauercaver
Comme le roq faict la pluye au lauerlaver ?
IeJe croy que non/, carCar nature as ferine
Considere queNon raisonnable / veu d’autant que ieje minemyne
Mon mortel corps par douleur/,doulleur et malayse
10D’autant ou plus ton vouloirvoulloir en est ayse
Et s’esiouystesjouysteiouystejouyst contre toute noblesse
Me regarder languissant en tristesse
Certes ieje croy si de femme estoys neenée/,
Que ne vouldroys estre tant obstineeobstinée
15Et partinace en ta felonnie grande
Que ne voulusse acompliraccomplir la demande
f. Fvii r°
Que tant de foys douloureux en soulas
Faicte ieje t’ay/, pour impetrer/, helas/,
De ta personne humble misericorde
20Laquelle en rien de moy ne se recorde
Fort que la mort elle quiert m’aduenceradvencer
Dont ieje ne puis sinon de toy penser
Que nulle oncquesfemme tant fustfeust difforme ou belle
Eust sa nature oultre toyde toy trop plus cruelle
25IeJe n’en congnois vneune qui soit viuantevivante
f. xxvi r°
Ou bienqui sur terre soit allante etou cheminantevenante
Qui enuersenvers moy vsastusast de cruaultecruaulté
Se comme toy scauoitsçavoit ma loyaulteloyaulté
Et si autant lui faisoisfaisoys assauoirassavoir
30La passion que pour toy puis auoiravoir
SouuenteffoisSouventeffois laquelle ieje t’ay dicte
Et de ma bouche/, et par missiuemissive escripte
Mais tu iamaisjamaisen ta vie ne voulluzvouluz peine mettre
Faire responce aà mon dire/, ou ma lettre
35Ains au rebourscontraire comme corps sans mercy
Pour augmenter mon douloureulx soulcy
Et me donner de tourment plus grant cause
As imposeimposé long interualleintervalle et pose
Et recellerecellé ton deceptif vouloir
40Du tout mettant mes ditz aà non chaloirchalloir
Qui me faict dire auoiravoirque tu prins ta naissance
De quelque roche/, ou montaigne de France.
Considere la durtedurté naturelle
Que ij’ay congnue en toy estre cruelle
45Et tellement felonne et implacable
Que ieje feroys plustostplutost vngung mont de sable
Dedans la mer que le ciel aussi hault
f. Fvii v°
Que ne pourroispourroye (Cela bien peu te vault)
Le tien vouloirvoulloir aà doulceur conuertirconvertir
50Par qui ieje suizsuis beaucoup plus que martyr.
OÔ femme dure/, helas ieje me diffame
De t’appeller/, et renommer pour femme
Car femmes sont de nature benignes
Et tes faconsfaçons sont dures et ferines
55Qu’on ne pourroitQui ne se peullentveullent fleschir ny amollir
AnichilerAdnichiller/, casser/, : ny desmolir
Soit par priere/, ou soit par oraison
Car de ton cueur trop loing se tient raison.
IamaisJamais ne peulx (cecy ieje ditz aà certe)
60Tant fust ma langue esloquante ou diserte
f. xxvi v°
Que peusse tant faire vers tala tienne personne
Que veoir voulusse vngungtu voulusse veoir dueil/, qui me ranconnerançonne
Qui aà mon corps faict si cruel effort
Que moins ne vaulxveulx qu’ung homme aà demy mort.
65OÔ Peneloppepeneloppe vouloirvoulloir plus que diuindivinPeneloPenelope.
Le seul honneurLa seulle gloire du sexe feminin
Bonne pour vray doulceSur toutes aultres bonne/, chaste/, et pudicque
Si tu eussesvssesusses veu le tourment qui me picque
Et la tristesse ouoù ieje suis tout boutteboutté
70N’eusse tu pas obstant ta chastetechasteté
Condescendu sans faire longue enqueste
AÀ ma treshumble/, et penible requeste ?
IJ’entends si ij’eusse enpour ton amour porteporté
Ce que pour ceste ay long tempsij’ay eu et supportesupporté
75Certes ouy/, si cruelle ne fusses
Que de mon mal piriepitiépitiepitié aucune n’eusses.
Lucresse aussiEt toy Lucresse iurejure moy sur ta foylucretiLucretia.
f. Fviii r°
Si ce Tarquin qui fut filz de ton royTarq̃nusTarquinus.
Si longuement t’eust pour dame clameeclamée
80Et qu’autant t’eust sans point fleschir aymeeaymée
Comme ieje faitz celle aà qui ieje rescriptz
Eusse tu lors conuyeconvyé tes amys
Pour venir veoir : et ouyr le forfaict
Que cil Tarquin t’auoitavoit en ton lict fait ?
85IeJe croy que non/, ieje le prens sur mon ame
Car tu auoysavoys la nature de femme
C’est que plus tost te fusse faict deffaire
Qu’aà ton amy t’efforcer de desplaire
Et quant ainsi fust pour lors aduenuadvenu
90Que pour t’aymer fust iusquesjusques lalà venu
OuOù maintenant pour vneune femme suispuis
IeJe te prometz (bien l’assurer ieje puis)
Que pour tel cas qu’il te fist aà l’ambleeamblée
N’eusse iamaisjamais faict pareille assembleeassemblée
95Comme tu fiz lors que deuantdevant le monde
f. xxvii r°
D’ung fer tranchant persas le tien corps munde..
Toy Dyana qui par ta chastetechastetéDiana.
Es la desse ende pudicitepudicitépudicicitepudicité
Si Acteon t’eust aussi cher tenueActeon.
100Quant de par luy tu fuz trouueetrouvée nue
Dans vngung ruisseau au meilleu d’ung grant boys
Comme m’amye aà ceste heureprestement ieje foys
Et qu’il t’eust dit et declairedeclairé son estre
En te faisant son amour acongnoistre
105Eusse tu tant estreestéesteesté cruelle lors
De transmuertransmouer et conuertirconvertir son corps
En cerf sauuagesauvagesauluaigesaulvaige/, : et le faire courir
f. Fviii v°
DeuantDevant ses chiens pour le faire mourir ?
IeJe croy que non/, Carcar en corps de deesse
110On n’a iamaisjamais trouuetrouvé telle rudesse
Et qu’il soit vray par Echo ieje le preuuepreuveEcho.
Qui son amour donna comme l’en trouuetrouve
En liureslivres maintzDedans les liureslivres/, au tresbeau NarcisusNarcissus.
Qui d’elle fist vngung orgueilleux reffus
115Dont puis apresaprès en endura grant peine
Car on le vit dedans vneune fontaine
Depuis noyer par sa grant cruaultecruaultécruanltecruaulté
Prins et rauyravy de sa propre beaultebeaulté.
Las que me vault cercher long tesmoignaige
120AucuneAulcune n’est qui eust vngung tel couraige
De pourchasser comme aà son ennemy
La mort cruelle aàde son parfaict amy
IeJe n’en pourroye inuenterinventer ou trouuertrouver
Par qui ieje peusse vneune durtedurtéla felonnie prouuerprouver
125Si grande au vrayexcessiueexcessive qu’elle donner voulsist
AÀ cil tourment/, qui oncq ne luy meffist.
De tel vouloirvoulloir femme ne fut iamaisjamais
Ny ne sera comme aà presentastheure tu es
Dont m’esbahisesmerueilleesmerveille/, veu que sans cruaultecruaulté
130Digne seroys (pour la grande beaultebeaulté
f. xxvii v°
Et bonne grace ores qui sontqui reposent en toy)
Estre l’espouse aà vngung duc ou vngungA estre femme d’ung empereur ou roy.
OÔ que nature assezsouuentsouvent tu doys mauldire
Quant en toy mist pour ton cueur rendre pire
135Tache si villevyle/, et tant vituperable
De t’auoiravoir faicte ainsi impitoyable
Car sans cela iamaisjamais ne fut au monde
f. Gi r°
En toute chose haulte plus/, ettoutes choses plus haulte et plus parfonde
Plus suffarcye/, et garnye de tout bien
140Comme seroystu fusses (/ mentirmantir n’en puis en rien)
Ainsi chascun qui a sens et raison
Le peult congnoistre en tout temps et saison
Mais ta crueurfelonnie qui est en toy espesse
CacheO vueille/, et cache l’honneur de ta grande noblesse
145Par tel moyenEn telle sorte qu’auxaulx boutz ny au meilleu
On ne veoit bien en ton corps auoiravoir lieu
Dont c’est dommaige/, et perte merueilleusemerveilleuse
Car sans cela tu estoys trop heureuse.
OÔ cruaultecruaulté qui t’a donnedonné l’audace
150En lieu si beau choisir et prendre place
Pour quelle cause as tu cueur assailly
Qui en tous biens estoit sans toy sailly ?
Qui t’a faict faire vngung si lasche meffaictforfaict
Comme d’auoiravoir les bonnes meurs deffaict
155Qui mises sontestoient mises en corps tant excellentexcellant
Corps nompareil/, tous aultres precellant ?
Certes tu es selon ta nourriture
Cruelle trop/, et de felle nature
D’auoiravoiramour tachetaché femme/, de tache telle
160Qui de son corpstous membres est si grandement belle.
Quant bien ieje y pense/, or ieje ne scaysçay pas pourquoy
Ny la raisonaà quel tiltre corps si tranquille/, et quoy
As occupeoccupé/, et mis en ta balifuebalifve
Sinon pour faire en moy choseSe n’est pour rendre ma personne chetifuechetifve
165Et estre faictcause par dure intention
f. xxviii r°
De ma misere/, et ma perdition
Car ieje scaysçay bien puis qu’en toy ieje ne trouuetrouve
Misericorde/, dont plaisir ieje recouurerecouvre
f. Gi v°
Et que mercypitiepitié de moy ne veulx auoiravoir
170Que briefuementbriefvement la mort me viendra veoir
Et fineray en beaultebeaulté abusay
Comme l’amant de tous pointz reffusay
De qui doulceur n’a eu compassion
Me secourir en ma grant passion.
175Parquoy concluz priant ceulx qui verront
Par cy apresaprès/, et aussi qui liront
L’occasion de mon deffinement
Qu’ilz n’ayment pointQue point ilz n’ayment s’ilz ne scauentsçavent comment
Et qu’en beau tainctbeaultebeaulté de sexe feminin
180Ne se fient tantTant ne si fient/, quiqu’ilz leur faille en la fin
Mourir ainsi comme aà presentastheure ieje foys
Piteusement/, ouy plus mille foys
Que ne fit pas Piragmus pour ThisbeeThisbéepiramꝰPiramus. ThisbeeThisbée.
Ou que Dido pour le troyen AeneeAenéeDeneeAenéeDido. Deneed’Enée.
185Car l’ung auoitavoit de s’amye assurance
De son amy/, l’autre auoitavoit iouyssancejouyssance
Mais moy dollentdoullent combien que iamaisjamais n’eu
Ny asseuranceassurance/, ny iouyssancejouyssance/, n’eu
Ce neantmoinsneantmoings d’esperance et pitiepitié
190Finer me fault en ton inimitieinimitié
OÔ femme dure/, ouoù durtedurté t’a bouteeboutée
Sans point auoiravoirque point ij’eusse telle mort meriteemeritée.
Fin de la .xvi. Epistre
