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- Les Epistres veneriennes, 1532
f. lix v°
La .xxi. EpistreLettre missiuemissive par Lll’esclaueEsclave fortunay aà son amyBastian fouchier son amy faisant metionmentionmẽtionmention d’ung bancquet faict par amour.
DDDD’ung triste cueur dollent et tourmentetourmentétourmẽtetourmenté
Hors de raison par courroux irriteirrité
Sans nul propos ne sachentsachant point queque dire
M’est prinsprĩsprins vouloir de soubdain teenuyeenvye de son dict rescripre
5Car tout ainsi que onqu’on guerist l’apostume
f. xxxvi r°
Pour euentereventer et hors mettre son fleume
Tout ainsi est la grant douleurdoulleur passeepassée
D’ung pourepovrepaourepaovre amant quant il ditdict sa penseepensée,
Or entensentends doncqdoncques et me donne allegence
10En escoutant ma griefuegriefve dolleance,
LonglongLong temps y a que t’ay comptecompté les plains
Dont mes esperitzDesquelz mes paourespaovres esperitz estoientestoyẽtestoyent chargez et plainsplains
Et comme encorencores ieje n’en suis bien sorty
Tu en seras par ma lettre aduertyadverty
15IeJe te supplysupplye en faire la lecture
Oyr pourras ma piteuse aduentureadventure.
Ung iourjour qui futfeut, si ne faulx aà mon esme,
Du moys de iuingjuing le vingt deuxiesme
IeJe m’en partispartys sans faire long procesprocès
20DedeDe la contreecontrée et du lieu que tu scesscés
f. lx r°
Et m’en allay, ieje te prometz mon ame,
Sur mon cheualcheval acompaigner ma damemadame
Qui s’en alloit sans faire d’or espargne
Faire demeure en vngung sien lieu d’auuargneAuvargne
25Celle entreprinse aduintadvintsuruintsurvint soubdainement
Qui futfeut pour moy piteulx departement
Huyct ioursjours deuantdevant le lieu ieje vous enseigne
IJ’estoye venu du pays de champaigneChampaigne
Or cuydois ieje en icelle sepmaine
30AuoirAvoir passe passé le port nommenommé de peine
Mais tout soubdain ieje cougneuzcongneuzcongnuz le contraire
Pour le depart lequel me failloit faire.
CongeCongéCongieCongié fut prins de si ameres armes
Qui ne futfeut pas sans gectergeter maintes larmes
35Regretz/, souspirs/, angoisse la terrible
M’estoit pour lors incessamment nuysible.
Mon compaignon ieje te ditz pour certain
Que me couchay pour leuerlever le matin
ApresAprès que feuz dedans mon lict couchecouché
40Mon cueur ne futfeut de dormir atoucheatouché
f. xxxvi v°
Et ne voulutvoullut leditledict mien cueur en somme
Permettre prendreprẽdreprendre au pourepovrepaourepaovre corps son somme
Le iourjour parut il s’en failloit partir
DuduDu mal sentoys plus qqu’ung homme martyr
45Pour vngung assault dont bien ieje suis recors
f. lx v°
Lequel suruintsurvint entre mon cueur et corps :
« Ha dit le corps/, :, meschant et lasche cueur
Plain de follye/, ouoù n’a nulle liqueur
Transy d’amours sans rime ne propos
50Ne me veulx tu donner aultre repos
PensePance tu pas qu’il me fault trauaillertravailler
Pour ton honneur sans icy plus veiller ?
Tu scez qu’il fault ma damemadame bien seruirservir
Pour ton plaisir tu me venlxveulxveulx asseruirasservir
55En moy n’ay pas encores liberteliberté
Mais serf ieje suis par dame pouretepovretépaouuretepaouvreté
Tu congnoys bien si honneur veulx auoiravoir
De trauaillertravailler me fault faire debuoirdebvoir
Or sus debout sans plus faire demeure
60Car il me fault partir tout aà ceste heure
Laisser te fault ces feminins abus
OuOù l’on despend tout honneur et quibus
IeJe te supplysupplie partons pour abreger
Sans mettre ainsi ton honneur en dangier ».
65L’amoureulx cueur/, cuyda sans nul respit
CreuerCrever alorsen l’heure de merueilleuxmerveilleux despit
Et souspira si souuentsouvent et si fort/,
Comme n’ayant espoir de reconfortnul espoir de confort/,
Et tout remply de dueildeuil/, courroux/, et ire
70Me commencacommença telle parole aà dire :
f. lxi r°
« Corps enraigeenraigé/,, meschante creature
Pourquoy veulx tu me faireesse que me faitz telle iniureinjure ?
AÀ moy te plains disant qu’en nulle guyse
AuoirAvoir ne peulx liberte liberté &et franchise
75Corps responds moy/, et ditz sur ce passaige
f. xxxvii r°
Si plus que toy ne suis pas en seruaigeservaige
Detenu suis comme chien au coliercollier
D’amour/, qui m’est venu au col lyer
Icy me ditzm’alegues que de peur d’auoiravoir blasme
80Que seruirservir fault ta maistresse et&et ta dame
IeJe te responds que ieje ne viuroyevivroye mye
Si ieje failloys aà bien seruirservir m’amye
Soit de matin/,, de vesprevespres/,, ou complye
Car en beaultebeaulté elle est toute acomplye
85Des aultres/, certe dames elle est la paragonne
IeJe n’en congneuz en ma vieIourJour de ma vie n’en congneuz de si bonne
Car elle m’est aà tous propos fidelle
Lasche seroysIeJe seroys lasche si ieje disoye fy d’elle
IeJe l’ayme tant que d’elle suis ialouxjaloux
90De la laisserSi ieje la laisse/, ieje n’en auroysauray iaja lotz
C’est la plus saige/, or qu’on que l’on scauroitsçauroit choysir
Dont n’est possible d’en oster mon plaisirParquoy possible n’est de m’en desaisir
Corps si tu veulx partir/, va de par dieu/,
Car touchant moy me tiendray en ce lieu
95Pour fin de compte vngung mot rond te diray
f. lxi v°
C’est que iamaisjamais ne l’abandonneray ».
Alors HonneurhonneurHonneur qu’auecquesavecques moy auoyeavoye
PrintprintPrint la parolle et se dressa en la voyevoye
En me disant : « fol cueur acariatreacariastre
100Cueur enraigeenraigé hors du sensmiserable et follastre
Cueur incenseincensé prens la voye resolue
Et habandonne amour tantceste amour dissolue
Cueur affolleaffollé laisselaysse ceste maygniemaignie
Ou ieje lairray bien tost ta compaignie
105DedeDe folle amour laisselaysse le train et suytte
Ou ieje prendray bien tost ailleurs la fuytte
Cueur qui s’amuse au train de deshonneur
Ne peult auoiravoir auecquesavecques luy honneurHonneur »/. :.
Le pourepovreleLe paourepaovre cueur ne scauoitsçavoit que penser :,
110Quant aà honneur se vit ainsi tencertenser
f. xxxvii v°
Et demoura en penseepensée et soulcy
Tout fatigefatigué comme aà demy transy
Mais peu aà peu luy reuintrevint la parolle
En congnoissant sa querelle estre folle
115DeuantDevantdeuantDevant honeurHoneur se mist aà deux genoulx
En luy disant en langaige fort doulx :
« Ha sire honneurHonneur/, :, trop grant douleur ij’auroye
DedeDe vous laisserlaysser/, :, car sans vous ne pourroye
En ce climatcestuy mõdemonde sans vous ne pourroys viurevivre
120ParquoyparquoyParquoy ieje veulx aà tout iamaisjamais vous suiuresuivresuyuresuyvre »
f. lxii r°
Mon cueur pensant aà la perte et dommaige
Qu’auoiravoir pourroit s’il laissoit le bernagebernaige
Dudit honneur pour vneune folle amour
Si va penserconclure qu’il ne feroit le tour
125AÀ demy mort se va lors departir
DontdontDont de douleur cuyda presquepresques partir.
AuecqAvecq mon cueur vngung seruiteurserviteur auoitavoit
Qui par son nom souuenirSouvenir se nommoit
Et quelque casaffaire qu’aà monmõmon cueur peult venir
130HabandonnerhabandonnerHabandonner ne le veult souuenirSouvenir
Et l’emmena quant et luy sans faillir
Mais de lyesse en dueil le fistle fist en dueil saillir.
Ce souuenirSouvenir mon cueur tient et gouuernegouverne
Et en tout temps auecquesavecques luy se yuerneyverne,
135Pour t’aduertiradvertir compaignon amy cher
Compter te veulx sans plus long te prescher
Ce qu’aà mon cueur aduintadvint pour maintenir
AuecquesAvecques luy/, ce facheux souuenirSouvenir
Et tu verras l’estat et le seruiceservice
140Qui fist amoursAmours au pourchatz et malice
De souuenirSouvenir ce pailliardpaillard detracteur
Qui de tout mal est le vray inuenteurinventeur.
MonmonMon cher amy sans mener long caquet
IeJe te supplie escoute le bancquet
145DontDõtDont sont seruisservis tous les cueurs des soubzdars
f. lxii v°
f. xxxviii r°
De ceulx quiq̄qui sont soubz enseignes et soubz dars
De CupidocupidoCupido et de VenusvenusVenus sa mere
Dont maintz amans souffrent douleurdoulleur amere.
Qui d’amour folle aller veultveult aller aà l’estude
150De liberteliberté il chet en seruitudeservitude
Cueur affranchyen franchise qui vit en patience
Se rendre serf aà luy n’est pas science
Qui suitsuyt le train d’amour et sa sequelle
De soubz doulx fruitfruyct y trouuetrouve playe mortelle
155Et soubz le mielmyel on n’y trouuetrouve aà foyson
De mortifere et necante poyson.
Or tout ainsi comme ieje cheuauchoyechevauchoye
Le long d’ung boys par vneune estroicte voye
LeuayLevay le chiefla teste pour le chant escouter
160D’ung rossignol qui se print aà chanter
Une chanson disoit n’en doubtez mye
Qui se commence « a dieuAdieuadieuAdieu ma doulce amye »
Grant plaisir prins en icelle chanson
Pource que futfeut sans noyse et&et sans tanson
165Pour l’escouter fiz vngung peu de seioursejour
Car la chanson touchoit le faict d’amour
En l’escoutant CupidocupidoCupido me happa
Qui de ses dars tout soubdain me frappa
Et me nauranavra tout oultre corps et ame
f. lxiii r°
170Dont plus que mais fuzfeuz feru de madame
Lors souuenirSouvenirSouvenir me prent au cueur souuentsouvent
Plus asprement qu’il n’auoitavoit faict deuantdevant
Puis CupidocupidoCupido si se print aà soubzrire
Qui tel parler me commencacommença aà dire :
175« Vray amoureulx dedans ce vert bocquetboucquet
IeJe te veulx faire en l’ombrageombraige vngung bancquet »,
Puis CupidocupidoCupido comme seigneur notable
Par ses seruansservans se fist dresser la table
La nappe futfeut apresaprès par bonne guiseguyse
180Par son seruantservantsa seruanteservante dessus la table mise
f. xxxviii v°
La table estoit d’ung boys fort raboteux
LequellequelLequel s’appelle ennuyEnnuy le despiteux
LalaLa nappe estoit d’une tapisserie
Bien figureefigurée appelleeappellée facherieFacherie.
185Pour reposer me faisant bonne cherechère
Me fist assoir aà table en vneune cherechaire
LalaLa cherechaire estoit painte de mains couleurscoulleurs
Que les amans appellent lessi appellent douleursdoulleurs
Dessoubz mes piedz la terre estoit couuertecouverte
190De belles fleurs saillans de l’herbe verte
Mais lors mes piedz faisoyentfaisoient si layde minemyne
Qu’il leur sembloit marcher dessus espine.
LorslorsLors cupidoCupido cuidantcuydant me faire ioyejoye
Va appeller le beau parisParis de troyeTroye
f. lxiii v°
195ApresAprès appelle sans prolixe saison
LeleLe cheualierchevalier qui se nomme IasonJason
Puis il hucha par une voix haultaine
DamedameDame MedeeMedée/, et puis la belle HeleinehelaineHelaine
Et aà tous quatre il dist pour abreger
200Qu’on apportast aà l’amant aà menger.
Quant ij’entenditz prononcer le dictedictéditedité
De mon siege horsHors de ma cherechaire me leuaylevay irriteirrité
AÀ Cupido lors ieje ditz en ce point :
« Pour me seruirservir de telz gens ne veulx point ».
205Celuy adoncq sans faire longue pause
Me damandademandademanda la raison et la cause
Soubdainement luy fistfis responce bonne
Comme Paris auoitavoit trahy Oenone
Et comme Helaine enpar amour plain d’abus
210Fist grantgrand iniureinjure au roy Menelaus
Pour vngung amour tant remply de desroy
Pour vngung berger habandonna un roy
Puis luy comptay de MedeeMedéemedeeMedée et IasonJasoniasonJason
Toute l’histoirehystoire emplie de trahyson.
215« Amy, me dist amoursAmours, ieje te diray
f. xxxix r°
Si d’autres veulxen veulx ieje les appelleray
Nommes les moyen d’aultres/, car pour le faire court
DedeDe toute sortetoutes sortes on en treuuetreuve en ma court »..
AÀ Cupido ieje ditz pour veriteverité
f. lxiiii r°
220Que des seruansservans vouloye de loyaulteloyaulté
Comme Hurial et la belle LucresselucresseLucresse
Qui par amour mourut de garandgrandgrand detresse
Esdouart doulx/, :, et puis sa dame HeleineHelaine
Qui pour aymer souffrirent tant de peine
225LelLe cheualierchevalier des clefz et MaguelonnemaguelonneMaguelonne
DontdontDont l’amour futfeut si forttant loyalle et bonne
Pour me seruirservir ieje veulx que tu m’ameine
Dame Florence et artusArtus de Bretaigne.
IncontinentEt tout a l’heure que ij’euz nommeznommenommé ceulx lalà
230LeleLe dieu d’amours soudainsoubdain les appella
En leur disant : « venez legierement
SeruirServir aà table vngung gracieulx auantamantamant ».
LeleLe premier metz si me futfeut apporteapporté
DontdontDont promptement ieje mengemange et taste
235Ce premier metz c’estoit vneune sallade
Que ieje trouuaytrouvay aà mascher fort maussade
Car elle fut aà mon semblantCeste sallade si me sembla fort dure
IeJe la trouuaytrouvayCar elle estoit de penseespensées toute pure
Ceste sallade en veriteveritésans en mentir d’une once
240Toute elle fut de penseepenséeElle feut toute de penseespensées sans responce.
LeleLe premier metz certes futfeut desseruydesservy
Et le second futfeut promptement seruyservy
Viennent auantavantamantavant Lucresselucresse et Maguelonnemaguelonne
PourpourPour me cuidercuyder faire chiere tresbonne
f. lxiiii v°
245Icelles metz apporterentapportoyent sur table
Qui me sembla aà veoir tresdelectable
OuurizOuvriz ma bouche et en boutepour en mettre dedans
En le maschant il me prenoit aux densdans
Ung tel menger en ma vieIourJour de ma vie pire menger ne vis
250Ce metz c’estoit vngung plain plat d’escheruizescherviz
f. xxxix v°
Ces escheruizescherviz estoyent fortz aà curer
AÀ l’estomach mauuaismauvais aà digerer
Mais comme sotnisse que ij’estoye et trop folsot et fol
Des escheruizescherviz mengeay plus que mon sol
255Hurial/, Artus/, et Pierre de prouuenceProuvenceprouenceProvence
De m’apporter vngung aultre metz ss’auenceavence.
Cest entremetz par mes loyaux amys
Droit deuantdevant moy futfeut sur la table mis
C’estoit vngung plat fort pesant et macy
260Plain de viande appelleappellé duqu’on appelle soulcy
De ce soulcy qui fut pour entremetz
De mieulxmyeulx sallesallé n’auoysavoys mengemengé iamaisjamais
IamaisJamais soulcy ieje ne vis si nouueaunouveau
Car pas n’estoit des yssus de pourceau
265Mais des iarretzjarretz que desroba malheur
Dans le sallouer de facheuse douleur,/,
Le dernier metz apresaprès on apporta
Et l’entremetz d’empresemprès moy on osta.
Le dernier metz futfeut seruyservy aà largesse
f. lxv r°
270C’estoit vngung plat plain de poirespoyres d’angoisseangoysse
Dont ieje mengay en l’heure maintz morceaulx
Car ilz estoyent tailleztaillestaillés larges et beaulx
En les mengeant apres ieje les trouuaytrouvay
Ainsi qu’il est par maintz amans prouuayprouvay
275Dures,/, tropfortpierreuses/, mauuaisesmauvaisesmauluaisesmaulvaises et&et trop forte
IamaisJamais ne feuz repeu de telle sorte
AÀ CupidocupidoCupido ieje ditz/ : « ne vous desplaise
Vostre viande est aà mon goustme semble fort mauuaisemauvaise »
PuispuisPuis CupidocupidoCupido me dist : « va fol et nisse
280Les vrays amans n’ont point d’aultre seruiceservice
AÀ mes bancquetz les loyaulx amoureulx
Ne mengent point de metz plus sauoureulxsavoureulx ».
LalaLa nappe futfeut dessus table leueelevée
Puis on dict gracegraces apresaprès la releueerelevée
285LeslesLes motz de gracedes graces estoientestoiẽtestoient plains d’amertume
f. xl r°
Car CupidocupidoCupido dict que c’est la coustume
La grace dicte/, alors ieje fuslesLes graces dictez, mon voulloir fut rangerangé
De m’en aller/, et de prendre congecongé
CongieCongié de tous ieje prins compte final
290IeJe disditz adieu et montay aà cheualcheval.
Doulx souuenirSouvenir qui estoit auecavecauecqavecq moy
En cheuauchantchevauchant me mist en cest esmoy,
Mon compaignon iamaisjamais personne neenée
N’eut tant de mal que ij’euz celle iourneejournée
f. lxv v°
295Et te prometz par cilieje te iurejure le dieu qui fist la nue
Ce souuenirsouvenir mon cueur assomme et tue
Parquoy te pryprye mon bon amy loyal
Que tu te montres enuersenvers moy liberal
C’est qu’il conuientconvient que tu m’envoysenvoye du fleuuefleuve
300NommeNommé LetheslethesLethes/, car il fault que ij’en beuuebeuve
Si enuoyerenvoyerm’enuoierenvoier tu m’en peulx sur ma foy
IeJe me rendray sans fin tenu aà toy
Car ieje te ditz et de faict ieje t’asseure
Lethes ce fleuuefleuve est de telle nature
305Que tous ceulx lalà qui vngung peu en buront
Le souuenirsouvenirLes souuenancessouvenances d’amours ilils oublirontobliront
Ce fleuuefleuve lalà, vueilles le retenir,
Faict departir des cueurs le souuenirsouvenir.
IeJe ne puispuys pas bien examiner comme
310Pour en auoiravoir pourras trouuertrouver vngung homme
Car le ruisseaucestuy fleuuefleuve sans de toy me truffer
Est situesitué dessoubz terre en enfer
Si trouuertrouver peulx quelque coureur agille
Fais m’en auoiravoirEnuoysEnvoys m’en querre (si tu le senssanssens habille)
315Et luy deffensdeffendz et luy donnes entendre
Que bien se garde auxdes aultres fleuuesfleuves tendreprendre
PresPrès de LetheslethesLethes/, PhaegetonphaegetonPhaegeton/, AcheronacheronAcheron
Deux en y a aussi aà l’enuironenvironaultres fleuues si sont la enuyronenvyron
Si luy enuoysenvoys/, deffends luy sur ce pas
320Que de ces deux il ne m’aporte pas
f. lxvi r°
f. xl v°
SiSy ij’en buuoisbuvoisbuuoysbuvoys ieje seroys affolleaffollé
Prest aà mourir sans estre consoleconsolé
Mais de lethesLethes toute ta peine boute
De m’en trouuertrouver si tu peulx quelque goutegoutte
325Car si ij’en boys soys assis ou debout
IeJe suissuys certain qu’en brief ij’oublirayobliray tout.
Mon compaignon ieje voys supplier DieudieuDieu
Qu’il te preseruepreserve et gardede mal en chascun lieu
PriantPryant VenusvenusVenus et CupidocupidoCupido tousiourstousjours
330QneQueQue le iouyrjouyr te concede d’amoursioyejoye te donne de tes belles amours
Et que tu puissepuisses auecqavecq celle gesir
Que tu as vouluvoullu pour ton amye choisir.
Fin de la .xxxxi. epistre
