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- Les Complainctes, 1530
- Les Epistres veneriennes, 1532
La .xxixxii. epistreEpistre d’ung amant appelleappellé guiscardGuiscard qui mourutmorut pour l’amour d’une dame nõmeenomméenommeenommée GismondegismondeGismonde aà laquellelaq̄llelaquelle escript ceste presentep̄sentepresente.
OÔ tresaymeetresaymée et&et louable GismundegismundeGismunde
Qui viuãtevivante eses viuantevivante par renõmeerenomméerenommeerenommée au
mõdemondemonde
LeleLe tien GuiscardguiscardGuiscard de tout salut priueprivé
Qui maintenant par mort est arriuearrivé
f. lxvii r°
5Ou lieu fatal ouoù tout le genre humain
Ira sans faille auiourdhuyaujourdhuy ou demain
Salut t’ẽuoyeenvoyeenuoyeenvoye/, et t’escript ceste quarte
Te suppliant que ton oeilœil tu ne quarten’equarten’equarte
Pour le flechirfleschir aà prendre aultre delict
10IusquesJusques aà tant qu’il ayt ma lettre litlict
Car bien scaurassçauras si tu la daignes lyre
Comment ton pere acerbecruel et remply d’yre
A sur ma vie vsantusant de violence
Cruellement sur moy gettegetté sentence
15Dont m’a faillu dure mort encourir
Et si n’ay peu tellement m’en courir
f. xli r°
Qu’il n’aye sceu par vngung fatal depos
Le reciproque et mutuelLes reciproques et mutuelz propos
Que nous tenions toy et&et moy ce me semble
20Quant nous estions ioyeusementjoyeusement ensemble
LequellequelLequel voyant et aduertyadverty de faict
Du traintrayn total de nostre amour parfaict
Et congnoissant nostre entretenement
AÀaÀ ses sergens donna commandement
25De m’espier pour le cas approuuerapprouver
Si sur la voyeles voyes ilz me pourroyentpourroient trouuertrouver
AÀaÀ celle fin que s’il estoit ainsi
Que prins ieje n’eusse ende mon meffect mercy
AinsainsAins qu’aà tourmenstormens mon corps fustfeust ordonneordonné
f. lxvii v°
30Par ton facteurle tien pere ce conseil futfeut donnedonné.
Or il aduintadvint de nuytnuyct luysant la lune
Que vers moy vint la traytressetraitresse fortune
Qui m’anima/, et me donna vouloirvoulloir
En ta chambrettechambrete hardymentcelle nuyt t’aller veoir.
35De mon malheur doncques ygnoratifignoratif
Trop desirant duDesirant faire le sort obligatifoblicgatif
En quoy m’auoitavoit obligeobligé destineedestinée
Celle pour moy tanttrop infauste iourneejournée
Prins mon chemin cuydant n’estre apperceu
40Vers le costecostécoustecousté ouoù ta chambre auoysavoys sceu
Pour prendreprandre ou toy celle nuyt sur ta couche
Milles baisers procedansprocedens de ta bouche
Las trop grand heur me fust lors aduenuadvenu
Si iusquejusqueiusquesjusques aà toy ieje fussefeusse paruenuparvenu
45Sans au cheminen ma voye trouuertrouver encombrement
Qui me frustrast de mon doulx pensement
Mais pour autantpourautant que euitereviter ne pouoyepovoyepouuoyepouvoye
La mort cruelle ou amour me conuoyeconvoye
Les seruiteursserviteurs qu’auoitavoit lalà mis ton pere
50Venir me veoientvirent pour entrer ton repaire
Et moy qui point ne congnoissoyecongnoissoie tel faict
f. xli v°
Tresdesirant que mon vouloirvoulloir fustfeust faict
Soubdainement sans les apperceuoirappercevoir
De me gecter au pertuys fisfiz debuoirdebvoir
f. lxviii r°
55OuOù ieje soulloyssoulloye couuertementcouvertement entrer
Sans nul trouuertrouver/, offandre/, et rencontrerrancontrer
Qui me donnast peine ou empeschement
Que ieje n’entrasse ouoù estoys seurement.
Mais aussi tost qu’ilz congneurentcongneurẽtcongneurent leur point
60Eulx qui estoient d’armes tresbien apointappoint
Ilz ont frappefrappé sur moy par telSur moy ruerent par si soubdain effort
QuequeQue ieje ne feuz pour deffence assez fort
Et n’euz puissance/, ou bien agilliteagillité
PourpourPour euitereviter la leur ferociteferocité
65ParquoyparquoyParquoy ieje feuz lyelyé sans plus attendre
PourpourPour aà ton pere en cest estat me rendre
Auquel ieje feuz comme vngung larron menemené
PuispuisPuis caça/, puis lalà/, conduyt et rameneramené.
En me menant mille regretz faisoyefaisoie
70PuispuisPuis tout soubdain de douleurdoulleur me taisoyetaisoie
IeJe regretoysregretoye le plaisirplaislrplaisir et soulas
Queq̄Que ij’auoysavoys prins soubz d’amours les beaulx latz
Et si disoysdisoie/ : « helas ma bonne amye
IeJe croy que soys maintenant endormye
75De ma fortune et malheurmallheur ygnoranteignorante
Ha pleustplusistPlusist aà dieu quant me mis en ceste sante
Que fusse mort/, affin que congnoissance
De nostre faict ne vint en euidenceevidence
Car ieje scaysçay bien le tien pere aduertyadverty
f. lxviii v°
80Sur ce deument/, qu’il sera diverty
De son amour et raison paternelle
Et en ton corps donra playe mortelle
DontdontDont ce sera dommaige irreparable
Veu que tu es sur toutes amyable
85Belle sur toutetoutes,/, honneste etsur toutes bien aprise.
LaslasLas que la mort fera heureuse prisepryse
f. xlii r°
Quant te prendra/, ce que fera en brief
Qui m’est tourmenttorment en ce monde plus grief ».
En prononcantprononçant cesses propos trespiteuxtrespiteulx
90PresentePresenté feuz deuantdevant le despiteuxdespiteulx
Tien geniteur/, qui me dist hault et cler :
« ViencaViença GuiscardguiscardGuiscard,/, qui t’a meu aà sarcler
Et aà gasterdesrompre l’honneur de ma maison
Sans que iamaisjamais t’en donnasse achoissonachoisonachoyson
95IeJe t’ay nourry comme filz faict le pere
Pour recompense ortu m’as faictzfaict vitupere
IeJe t’ay vestu/, gardegardé/, alimentealimentéalimantealimanté
En maladiemalladie/, etcomme aussi en santesanté
Constituant le tien corps gardien
100DedeDe tout mon bien domesticque/, et terrien
Et tu m’as faict pour satiffactionsatisfaction
De tout mon sangduDu mien sang propre commaculation
Pour la richesseles richesses et opulant auoiravoir
Que ieje t’ay faict dessus tout aultresus tous aultres ieje t’ay permis auoiravoir
f. lxix r°
105ProstitueProstitué tu as par forfaict vileville
Tresordement le renom de ma fille
DontdontDont tu mourras comme bien il t’affiert/,
Car qui faict mal punitionpugnition requiert
DedeDe mort digne eses digne, nyer ne le pourroys
110Tu n’as point faict ce que faire debuoysdebvoys. »
DedeDe telz propos le tien progeniteur
En larmoyantlhermoyant futfeut alors inuenteurinventeur
Et moy qui fusfeuz vaincuvaincqueu par maleficemallefice
DedeDe luy respondre euz la puissance niceieje neuz force propice
115Ains congnoissant que vray il me disoit
DouleurdoulleurDoulleur trop grant le mien cueur attisoitattysoit
DueilDeuil me donnoit occasion de dire
Que non sans cause estoit promeupromeu estoit aà yreire
AyantayantAyant ma face envers la terre enclineeenclinée
120IeJe mauldissoysmauldissoye ma vie et&et destineedestinée
Non que la mort de qui ij’estoye seur
f. xlii v°
Me donnast peurcrainte m’amye et bonne seur
Mais ieje craignoyscraignoye ce qu’ay peur qu’il t’aduienneadvienneadviẽneadvienne
Si de ma peine aduientadvient qu’il te souuiennesouvienne
125CellacellaCella faisoit mon mal croistre et haulser
Et mes plaisirs et soulas abesser
CellacellaCella faisoit mes yeulx larmeslhermes gectergeter
EtetEt ma folleurieunessejeunesse mauldire et regretterregreter
Par qui pourroit : vneune telle princesse
f. lxix v°
130Mourir de dueildeuil en cruelle destresse
IeJe ton malheur futurfuteur prenosticquoye
En regardant la compaignie quoye
Qui attendoit que responce ieje fisse
Au vray obiectobject de mon seul maleficemallefice
135Ce que ieje fisfiz ainsi que le peuzpeulx faire
CombienCõbienCombien que mieulx pour lors m’eust vallu taire
Et ditz ainsi/ : : « oô Tancrede mon mal
Est si tresgranttresgrand que nul torment equal
Tu ne pourroys nullement inuenterinventer
140Que plus cruel ieje ne deusseieje ne deusse plus cruel intenter
Doubter ne veulxIeJe ne faictz doubte que meffait ne me soye
Vers ta personnepersoanepersonne/, :, etmais si parler ij’osoyeosoyeozoyeozoye
CommecommeComme le veult et requiert veriteverité,
IeJe te diroys que ton auctoriteauctorité :
145Ou grant pouoirpovoirAÀ la puissance d’amours n’est point egalle
La tienne loy seullement est legalle
EtetEt ton pouoirpovoirpouuoirpouvoir n’est fors pouoirpovoirpouuoirpouvoir humain
Et cil d’amours est fatal et&et diuindivin
Dont si me suis aà amours asseruyasservy
150IeJe n’ay pourtant par ce mort desseruydesservy
Veu que nul est qui sceut aller encontre
Le vueil des Dieulxdieulx : sans auoiravoir mallencontre :
Si aà suyuirsuyvir CupidocupidoCupido ij’ay mis peine
Comme vngung soubzdard faict le sien capitaine
f. lxx r°
155IeJe n’ay meffaict comme bien pourroys dire
Que tu m’en deusses ores liurerlivrerdeliurerdelivrer aà martyre
f. xliii r°
Combien que mort et martiremartyre ne doubte
Car ieje te ditz en brief et somme toute
Et te requierssupplye que plus aussi ne viuevive
160Si tu ne veulx que son guidonguydon ieje suyve. »
AÀ mon parler pleurant amerement
IeJe fiz penser ton perele tien pere fiz penser longuement
Lequel me fist par grande desplaisance
Sans plus attendre oster de sa presence
165Et me fist mettremetre ardant comme vngung tyson
Par mal tallant en sa creuse prison
OuOù ieje ne geustne feuz gueres/, car la nuyct ensuyuantensuyvant
Me fist tuer par vngung secret seruantservant
Et le mien corps que tu vouluzvoulluz aymer
170Fist villement getter dedans la mer
AÀ celle fin que poissonspoyssons et balaines
En fissent gastLe deuorassentdevorassent par morsures soubdaines
Ainsi mon corps/, qui iadisjadis futfeut gisant
AuecquesAvecques toy las s’en va deuisantdevisant
175OuOù les poissonspoyssons qui pour le decorer
Ne quierent rien sinon le deuorerdevorer.
Las OÔ gismundeGismunde oncques sisi oncques tu m’esmas
Et si iamaisjamais mon seruiceservice exstimas
DesmaintenantDès maintenant te faitzfaictz humble requeste
f. lxx v°
180Que de mon corps tu faces faire enqueste
Et que celuycelluy que du daignas amer
TrouueTrouvé/, tu facefaces en la terre inhumer
AÀ celle fin qu’enuironenviron ce palus
Dict Acheron mon ame n’erre plus
185Car le treslaittreslaict et villain pautonnier
De ce ruisseaucestuy fleuuefleuve regent et nautonnier
Qui a le cueur trop plus dur que n’est pierre
Si deuantdevant n’est mon corps couuertcouvert de terre
Ne passera mon ame infortuneeinfortunée
190IusquesJusques aà tant que viendra la iourneejournée
OuOù fin mettrametra l’an centiesme apresaprès
f. xliii v°
Que ieje seray venu soubz ces cyprescyprès.
IeJe te pry doncqDoncques te prie faillir ne me vouloir
Car de mon mal ne pourroys mieulx valoir
195Et si ton pere au corps s’est monstremonstré fier
Ce nompourtant aà toy point il n’affiertaffier
DdD’auoiravoir fiertefierté et le cueur inhumain
Car tu consiste en sexe feminin
Qui est remply de doulceur &etet pitiepitié
200Et qui n’a fors seullement amytieamytié
AyantayantAyant espoir qu’ainsi tu le feras
Soubdainement que mon corps tu verras
IeJe voys fin mettre aà mon escript piteulxpiteux
Priant de cueur treshumblement les dieux
f. lxxi r°
205Te donner biensQu’ilz te conseruentconservent en plaisir et santesanté
Et qu’aussi tost quequ’il sera absenteabsenté
Le tien esperit de ceste vie mortelle
Il puisse viurevivre auecquesavecques l’immortelle.
Fin de la .xxii. Epistredabit deus
