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- Les Complainctes, 1530
- Les Epistres veneriennes, 1532
La .xxiii. Epistre enuoyeeenvoyée aà vneune damoyselle sans pitiepitié amoureuse.
Cueur sans mercypitiepitié/,, vouloirvoulloir trop endurcy
N’auras tu point iamaisjamais de moy mercy,
f. xc v°
Veulx tu me faire en ce torment perir
Sans que tu daignedaignes en rien meme voulloir secourir,
5Veulx tu que par amoureuse torture
Meure aà present&et se perde la tienne creature,/,
De m’ayder ne te prentprend il enuyeenvye,
Desire tu plus ma mort que ma vie,
Mais quel plaisir prens tu aà ne destaindre
10Le feu ardant qui me semond aà plaindre ?
QuelquelQuel cueur as tu ? ieje croys qu’il est de fer
Ou engendreengendré du felon Lucifer
Car nonobstant amour et amytieamytié
f. xliiii r°
QuequeQue ieje te veulxporte/, :, tu n’as de moy pitiepitié.
15Tu congnoys bien de mon mal la racine :,
Et tu ne veulx me donner medecine
QuiquiQui est aà toy vngung faict trop inhumain
Certes ieje croy qu’il n’y eut oncqueoncques humain
Ayant le cueur ny penseepensée si cruelle
20QuiquiQui n’eust mercypitiepitié d’une personne telle.
Nature inicque as troptu as, c’est veriteverité,
De me monstrer telle seueriteseverité
Une personne ayantqui a sens raisonnable
A bien doulleurpitiepitié de beste irraisonnable
25QuantquantQuant il la voitveoit de mal passionneepassionnée
Ou par doulleur aà mort estre meneemenée
Et toy qui as ta raison naturelle :
f. xci r°
Ne veulx de moy qui ne suis beste telle
Prendre doulleurpitiepitié/, :, ny mettre ton esgard
30AÀ comprimerbien estaindre le feu qui mon corps ard.
Assez te ditz et&et mande mon affaire
Mais tu ne veulx aulcun secours me faire
IeJe parle assezAssez ieje parle mais tu faitz sourde oreilleaureille :
EtetEt ne responds/, :, que ieje tiens aà merueillemerveille :
35QuantquantQuant te requiers de me donner ayde
RensRends ton repossiege de ta personne vuyde
Dont fault souuentsouvent m’en aller tout confusconfuz
EnenEn mauldissant le iourjour que nenénay ieje fusfuz.
Seul ieje lamente et&et par faitz et par ditz
40Nature blasme et puis apresaprèspuis apresaprès : et maulditz
QuiquiQui te voulutvoullut si tresbelle former
Pour cruaultecruaulté en ta beaultebeaulté fermer
IeJe te prometz, de ce lotz ieje te coeuurecoeuvre,
QuquQu’elle eust de toy acomply vngung chefchief d’oeuureœuvre
45Si t’eust formeeformée ende doulceur aussi plaine
Comme tu es en beaultebeaulté souuerainesouveraine
Vanter te puis que tu seroys heureuse
SursurSur toute femme or si: si tu fussefeusse piteuse :
f. xliiii v°
Mais ton bon heur estaint ta cruaultecruaulté
50Et ne meritemerites obstant ta grantnonobsant ta beaultebeaulté
QuquQu’on doibuedoibve faire aà ta louenge chose
Puis que rudesse en ton cueur est enclose
f. xci v°
Ostes crueur/, chasse de toy rudesse
Et tu seras sur toutesdeDe toutes femmes tu seras vaincqueresse
55Tu vainquerasvaincqueras madame PenelopepenelopePenelope
DamedameDame LucresselucresseLucresse/, et aussi MenelopemenelopeMenelope
Piteuse soysFaitz toy piteuse/, IunoJunoiunoJuno n’aura plus rieurien
N’aussi PallaspallasPallas au regard de ton bien
Piteuse soysFaitz toy piteuse, VenusvenusVenus on te dira
60Car ta faconfaçonbeaultebeaulté la sienne passera
RemplysRemplyz ton corps de pitiepitié et&et doulceur
EtetEt tu seras, de celacella ieje suis seur,
DedeDe honnestetehonnesteté l’origine parfonde
Et belle plusplus parfaicte que femme de ce monde.
65Mais si tu veulx cruelle tousiourstousjours estre
Nul ne scaurasçaura ce qu’on pourroit congnoistre
EnenEn ton corps gentta personne :, tu seras tousiourstousjours belle :,
Mais on dira que tu es trop rebelle :,
Nul ne vouldra pour ta grande rudesse :
70Te retenir pour sa dame et&et maistresse
Chascun querra aà tristesse te induyre
EtetEt ta beaultebeaulté/, et&et bon renom seduyre
EtetEt ne vouldra nul te faire seruiceservice
Com d’estre aymeeaymée indigne et nonn’estre digne &et propice
75Parquoy seras, c’est mon intention,
Incessamment en tribulation
Ta belle face/, ores qui est doulce et pollye
f. xcii r°
De bonne grace haultementgrandement accomplye
Nomplus sera exstimeeexstimée ou priseeprisée
80Qu’est aà mydy la petite roseerosée
AÀaÀ ceste cause/, :, et pour fuir telz cas
Faitz consulter ta cause aux aduocasadvocas
De ton penserla penseepensée : c’est aà ta gentillesse
f. xlv r°
Ta bonne grace/, :, oubeau maintien/, :, et noblesse
85EtetEt saiches d’eulx que tu debuerasdebveras faire
Pour vitement de crueur te deffaire
EtetEt puis apresaprèsaduertyeadvertye : ieje te requiers ma damesupplie madame
Faitz qu’aà mon vueil condescende ton ame
EtetEt que ton corps sans prolonger s’acorde
90AÀaÀ se remplir tout de misericorde
Chassant de toy rudesse et cruaultecruaulté
EtetEt tu pourras estre dictedite en beaultebeaulté
La paragonne/, :, et la seulle excellence
Du feminin/,Des damoyselles et des dames de FrancefranceFrance
95Et quant en toy sera misepuis apresaprès qu’en toy sera doulceur
IeJe te supplyrequiers ma bonne et doulce seur
Qu’aye vngung penserQu’il te souuiennesouvienne de la grand amytieamytié
QuequeQue ieje te porte ayant de moy pitiepitié.
CroyantcroiantCroyant qu’ainsi tu le vouldras bien faire
100Voys pryer dieuDieu qu’il te doint si bien faire
QuequeQue quelque iourjour dedans deux petis draps
Te puisse veoirtenirTenir te puisse coucheecouchée entre mes bras.
Fin de la .xxiii. Epistre.Spes dubia cum dolor
