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  • Les Complainctes, 1530
  • Les Epistres veneriennes, 1532
f. xciiii v°

La vingtcinquiesme epistreEpistre : declairant le mal quendure lamy pour samye/, :, et&et par laquelle ledictledit amant demande et requiert quelle aye pitiepitié de luy.

Si ieje pensoyspensoye que feussefeusses assez discrete
Pour de mon dire estre femme secrete
IeJe ne craindroyscraindroye quelque escript exarer
Dont vngung secret te peusse declairer,
5Qui tellement me tourmente et poursuyt
QuquQuincessamment mort hideuse mensuyt.
Mais quoy que soys/, :, ou secrette ou venteusevanteuse,
Si te diray ieje ma peine douloureusedoloreuse/, :,
IeJe ne puis plus cacher sans le te dire
10Mon dangereulx et penible martiremartyre.
f. xlvi v°
IJ’ayme plus tost tout aà vngung coup perir
QuequeQue peu aà peu par tristesse mourir. :.
Plus ne craindray de ten faire ouuertureouverture,
Entre tes maintz ij’en remetz lauentureaventure,
15En toy sera de me permettre viurevivre
Ou de la vie ortost me faire deliuredelivre :,
Parquoy choisis et toy seulle decide
Sestre tu veulxSi tu veulx estre piteuse ou homicide
Ce mest tout vngung ou de mort ou de vie
20Si ton secours me impartirimpartyr nas enuyeenvye.
Sans ton secours ne peulxpeult ma vie longuelõguelongue estre
Tu le peulx bien par mes gestes congnoistre
f. xcv r°
Tu voys comment ma face se decline
Par trop taymer/, sans que tu soys encline
25Ne que tu daignedaignes octroyerluy donner bonnement
Dung seul regard begnin contemptement,
Helas ieje faulx/, car ij’ay mal dict « regard »
Pource que luy tousiourstousjours le mien cueur ard
Quant dessus moy prendre daigne sa place
30Dont mainteffoysmainteffois pasle se rend ma face.
De tes regards me faitz bien habondance
Mais par iceulx tousiourstousjours la mort mauanceavance
NaurantNavrant mon corpsLe mien corps naurentnavrent/, et guerir ne me veulx
ParquoyparquoyParquoy blesseblessé/, sans espoir ieje me deulx
35Incessamment faisant penible effort
Te supplier me donner reconfort
IeJe crye assez/, et ieje me ronds la teste
Car tu ne veulx escouter ma requeste
AÀ mon parler et parolles piteuses
40La tienne oye et&et oreillesaureilles sont closes
Tant seullement de tes regarsregards me paix
Dont ieje ne puis auecqavecq toy auoiravoir paix
PaixpaixPaix te requiers/, et tu me faitz la guerre
Dont bien souuentsouvent au corps le cueur me serre
45Mesbahyssantesbahissant comme femme mortelle
f. xlvii r°
EnuersEnvers son serf vseuse de rigueur telle. :.
Ne craintz tu point que pour ton malefice
f. xcv v°
Laltitonant IuppinJuppin ne te pugnisse
Et que les dieulx dincredible puissance
50Nont prins de toyDe toy ne preignent trescruelle vengeance
Comme ilz ont faictfait de ThrathraThra iolyejolye nimphenymphe
Qui GrithiusGrithrus gracieulxgracieux paranimpheparanymphe
Ne quist aymerNeust daymer cure/, qui pour son amytieamytié
De mal nauoitavoit comme ij’ay la moytiemoytié
55Pour ton amour /; Daphnes pareillement
Par AppolloappolloAppollo fut inhumainement
MuesMuéeMueeMuée en arbre/, pourtant que ne daigna
Faire son vueilveuil qui tresfort lindigna
Et lamour grantgrande quen elle il auoitavoit mise
60En gros hairgrosse hayne futfeut reduictereduitte et remise.
Si ces proposexemples ne te donnent point crainte
Escoute helas ma piteuse complainte
Voy mon tourmenttorment/, et peine non portable :
Tu ne doubtras tost mestreetre secourable
65Et changeras subit ta voulentevoulentévoluntevolunté
Que maintenant gouuernegouverne cruaultecruaulté
Ne craignant point me donner allegeance
De mon martiremartyre et grande doleance.
Tu me pourroyspourrois demander dont prouientprovient
70Si grantgrand tourmentmartyre/, :, ieje te respondste responds quil vient
De celle amourlamour seulle que ij’ay en toy bouteeboutée
Qui est par toy sans raison debouteedeboutée,
f. xcvi r°
De ton amour suis prins et amoureulx
Et aà maymeraismer fleschir ton cueur ne veulx
75Tresfort ieje tayme/, et tu ne maymesaismes point,
Le seul pourquoyQui est la cause que languis en ce point.
Si me disoys par quelle coniectureconjecture
IeJe faitz si folle ende toy iudicaturejudicature
Et comment cest que ij’ay apperceuanceappercevance
80Que tu ne quiers auoiravoir mon accointance :,
f. xlvii v°
En me disant : « mon amy sur ma foy
IeJe tayme autant ou plus que ne faitz moy
EtetEt sans raison me impropere et mtaccuse
QuequeQue aà bient aymerbien aymertaymer mon vouloir ne samuse
85IeJe noseoze pas aulcun semblant ten faire
DedeDe peur que ij’ay den auoiravoir vitupere :.
Tu scez assez que gens ont promptitude
Combien que soit souuentsouvent incertitude
DedeDe dire mal et parolleparolles auanceravancer
90DedeDe ceulx qui mal ne vouldroyent penser ».
Tresbon seroit ton parler et ton dire
Mais par ce point ne cesse mon martiremartyre
Car autrementaultrement me pourroys contempter
QuequeQue telz parlerslangaiges sans propos intenter
95Car si tu quiers maymer comme tu ditz
IeJe te prometz par dieuDieu de paradis
Par nul moyenAÀ toutes peines scauroitsçauroit on nostre affaire
f. xcvi v°
Mais que voulussevoullusse allegement me faire.
Premierement de cella ieje te vante
100Tu es assez experte aussi scauantesçavante
De scauoirsçavoirscaucirsçavoir bien en temps et lieu parler
Et deuantdevant gens ton cueurvueil dissimuler
Mais arriere eulxen derriere quon ne nous pourroit veoir
Tu me deuroysdevroysdeburoysdebvroys declairer ton vouloirvoulloir
105Affin quapresaprès ieje ne fussefeusse point nisse
AÀ ce acomplirtacomplirfaire ce que vouldroysvouldrois que ieje fisse.
Si tu maymoys ne pourroyspourrois endurer :
Ung tel tourment dedans mon cueur durer
Tu mettroysmetroys peine dallegement me faire
110Et aà mon vueil sans prolonger complaire
Mon dueil/, ma peine/, et la tristesse mienne
Ne seroit fors seullement que la tienne
De tout le mal qui me rond et depart
Tu en auroysaurois aucunementaulcunement ta part
115Et tollerant diceluyicelluy la moytiemoytié
f. xlviii r°
De toy et moy te prendroit pitiepitié,
Tu ne craindroys a moy tabandonner
Si pour moy malpeine tu te vouloysvoulloys donner/,
Car qui mal a/, ne cherche que santesanté
120Et repos quiert qui est trop tourmentetourmentétormentetormenté.
Le pacientpassient pour oster la racine/,
De sa douleurdoulleur demande medecine/,
f. xcvii r°
Ainsi ieje ditz que si mal tu auoysavoys
Que ta santesanté chercher tost tu vouldroys
125Et nauroys peur pour ton soullagement/
De declairer ton penible tourmenttorment
Qui prouiendroitproviendroit du mien comme ij’ay ditdict
Car il est vray et nul ny contredit
Que si la dextre a mal, la main prochaine/
130Se sentira quelque peu de sa peine :
Si tu maimoys te sentiroys du mal
Que pour toy porte et amontaà mont et aualavalaà val
Parquoy ieje disditz que ta maniere gaye/
Ne monstre point que le tien cueur aitayt playe
135Tu nas doulleurnes blesseeblessée/, doncques il ne te chault
Si pour toy ij’ay/, ou grant froit ou grantgrãtgrant chault.
IeJe le congnoiscongnoys par ceste experience
Rien nen croiroiscroiroye pour la tienne eloquence
Le tien parler ne me pourroit seruirservir/,
140Car ton vouloirvoulloir ne se veult asseruirasservir
Ne condescendre ayant de moy remort
AÀ me donner soullagement de mort
QuiquiQui mest aux yeulxprochaine/, pour le mal que ij’endure,
Si le plaisir ne me faitzne me prestes le plaisir de nature./.
145Contente moy de tes naturelz biens
IeJe te feray contemptement des miens
Naye regard aà ceulx la de fortune
f. xcvii v°
Car ilz se muent trop plus tost que la lune/,
Et vont en rienAussi se perdent comme choses futilles
150ParquoyparquoyParquoy ieje ditz quilz ne sont si vtillesutilles
f. xlviii v°
Que ceulx qui ont en eulxpeullent auoiravoir felicitefelicité
En demeurantEt demourer aà perpetuiteperpetuité
PerpetuezperpetuelzPerpetuelz sont les miens esperitz
Perpetuelz seront les miens escriptz
155QuequeQue ieje feray aà ta louenge bonne
Si mercy as de ma triste personne.
Pour ste raisonAÀ ceste cause tu lysantlisant mon escript
Ne me donras autreaultre terme ou respit
AinsainsAins sans attendre or metteroiste mettras en debuoirdebvoir/,
160De ta responce en briefsoubdain me faire auoiravoir
EtetEt par icelle aucunlieu &et temps massegnerassigner
Auquel ieje saiche auecqavecq toy besongnerbesoigner
De sorte que mon grief mal et&et tourmenttorment
PreignepreignePreigne par toy treslegier finement
165IeJe te supliesupplie aàad ce faulte ne faire
Car sans cella tresmal va mon affaire.
Fin de la .xxv. Epistre.