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- Les Complainctes, 1530
- Les Epistres veneriennes, 1532
f. l r°
La vingtseptiesme epistreEpistre d’ung gentil homme aà s’amyesa mye.
Cent foys mon cueurm’amye/, cent foys te ditz adieu
En regardant la maison et le lieu
OuOù tu demeuredemeures/, et gettantgectant maintes lhermes
IeJe prononcoysprononçoysprononcoyeprononçoye et&et t’enuoysenvoysenuoyeenvoye ces termes :
5« Ma doulce amouramye ieje te prie soys recors
Du grand tourmentdeDe la grand peine que tollere le corps
De celuycelluy lalà qui faict tout son debuoirdebvoir
Pour ton plaisir/, et soulas faire auoiravoir.
SeiourneSejourne autant ton esperit sur moy
10Comme le mien trauaillertravailler veulx pour toy
EtetEt ieje prendray aussi grantgrand plaisir en ce
Comme de toy si auoysavoysauoisavois iouyssancejouyssanceiouissancejouissance ».
DisantdisantDisant ces motz millemilles souspirssouppirs gectoye
Et ton perlerparlerparler et&et grace regretoyeregrettoye,
15Pensoye aupour vray au temps et aà l’espasse
Que ieje seroysseroye sans point reuoirrevoir ta face,
EtetEt quant au long ieje calculoye le temps
Les miensMes esperitz estoient si mal contemps
Que ne scauroyssçauroysscauoyesçavoye si mort ij’estoye ou vif.
20IeJe cheminay long temps en cest estrif
Pleurant astheure/, astheure regretant
Ton beau visaige/, et&et corps que ij’ayme tant.
Mais les souppirs et&et lhermes que ieje gectegette
f. cvi v°
Ne me font veoir ce que tant ieje regrette
25Qui m’est douleurdoulleur/, :, et tourmenttorment importable.
IeJe te prometz que si ieje suis aà table
Cuidant vngung peu ma reffection prendre
QuequeQue le penserla memoire de toy faict mon cueur fendre
Par tel faconfaçonEn telle sorte que laisselaisseelaisse la viande,
30Fors que tristesse :, et dueildeuil ieje ne demande,
Si suis au lict cuidant prendre aysance
Me voyant loing de ma resiouissanceresjouissance
f. l v°
CertescertesCertes en lieu de doulcement dormir
IeJe ne faitzfaictz rien que pleurer et gemir
35Ainsi la nuyctnuict sans me reposer passe
Et de douleurdoulleur a peu que ne trespasse.
Le iourjour venu ieje me leueleve onereoneré
Des durs trauaulxtravaulxdures peines qu’ay la nuyctnuict tolleretolleré,
IeJe monte tostSoubdain ieje mõtemonte sur monmõmon cheualcheval pour querre
40Le bon pays/, :, et la fertille terre
OuOù faict se ioursejourdemeure ton pere et&et geniteur
Affin qu’il soit par moy faict auditeur
De la tristesse aà present queque maintenant ij’endureendure
QuiquiQui n’est pas moinsmoĩgsmoings aà tonmõmon corps qu’au mientien dure.
45LeleLe iourjour consomme en allantcheuaulchantchevaulchant et&et pensant
Sans que ieje saiche en quelz lieux vois passant
Tant suis surprins de pensemens diuersdivers
Par fantasie aà presentmaintenant ieje ditz vers
AÀ presentAstheure chante/, aà presentmaintenant ieje marmote
f. cvii r°
50Et si ne scaysçay que te ditz ne que ieje note
Pour t’aduertiradvertir ma bonne amyeIeJe veulx que saiches pour t’aduertiradvertir en somme
Que nul ne parle aà moy soit femme ou homme
QuiquiQui ne me cuydecuide hors de tout monfol et hors du sens estre
Et pour le vray que ieje faitz par mesgardeau vray dire ie le donne a congnoistre
55AÀ tout viuantvivant qui me veoit et&et regarde
PourpourPour la folleurles follies que ieje faitzfaictz par mesgarde,
EtetEt pourquoy c’est le te dire n’ay honte
CcC’est le grant temps que ieje mesure et&et compte
Que ieje seray sans ta face reuoirrevoir
60QuiquiQui tel ennuy me faict preadreprendreprendre et&et auoiravoir
Que ieje ne pense aà chose qu’on me dye
TansiTantTant ay le sens et memoire estourdye.
AintAinsiAinsi ieje passe et les ioursjours et&et les heures
EtetEt fault tousiourstousjours quant ieje y pense que pleures
65Touteffoys que ieje prends aulcun confort
AÀAd ce que m’aymeaymes orde garceor de gracede ta grace si fort
PensantpensantPensant au vray que pour aultre n’as garde
f. li r°
De me changer pour le temps que ieje tarde.
EnenEn tel espoir me resiouysresjouys souuentsouvent
70EtetEt voys plaisir et soulas consuyuantconsuyvant
Me confiant aà ton honnestetehonnesteté
EtetEt aà ton sens qui a honneste esteesté
Toute sa vie/ ; : ; or fineraymetray fin aà ma lettre
AÀ celle fin que ieje puisse remettre
75Le demourantdemeurant de ce que ne t’escriptz
f. cvii v°
Qui est meslemeslé auecquesavecques piteulx criptz
AÀ te narrerle dire quant nous serons ensemble
C’est le meilleur/, :, escriptz moy qu’il tensemblet’en semble.
Adieu m’amye/, auquel ieje faitz requeste
80Treshumblement que iourjour ouurierouvrier ou feste
Tant que seray de ton corps absanteabsanté
Qu’il te maintienne en tresbonne santesanté.
Ceste escripture et&et melencolicque euureeuvre
T’est enuoyeenvoyé du long bourg de vendeuureVendeuvre
85Par celuycelluy lalà qui t’est meilleur amy
Du moys de may le premier vendredy.
Fin de la vingtseptiesme epistre.
