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- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
Description de FortunefortuneFortune enuoyeeenvoyée aà FrancoysFrançoys de la Haya seigneur dudict lieu de laLa Haya, capitaine de IalignyJaligny, homme d’arme de la cõpagniecompagniecõpaigniecompaignie de mousieurmonsieurmõsieurmonsieur de Barbezieulx.
f. Hiii v°AVlcunAulcun viuantvivantNVlNul viuantvivant homme tant qu’ilq̃lqu’il sera au mondemõdemonde
Trop ne se fye en fortuneFortune seconde
Ne pense nul suffarcy de richesse
En obtenir plus extresmeextreme largesse
5Car tout se passe outout se transmue et/, &et tourne
Et dont il part aà iamaisjamais ne retourne
Les regnes gransgrans Royaulmes : et fameuses prouincesprovinces
f. lxxxii r°
Les gros chasteaulx des seigneurs et des princes
On voyt venir en totalle ruyne
10Fortune tout/, :, et le temps tout termine
Comme la terre ordonneAinsi que mue la terre ses effectz
Et que sont biens d’ellepar elle sont biens faictz et deffaictz
Comme souuentsouvent mueAinsi que mue souuentsouvent sa robbe verte
Pour de geleegelée/, et neige estre couuertecouverte
15Et que tout an en obiectobject n’est semblable
Comme tout iourjour n’est beau ny amyable
Et que tousiourstousjours n’est l’air cler/, et lucide
f. Hiiii r°
Comme l’esteesté l’yueryver froit et gellide
Chasse et meurdristmeurtrist par sa grande froydure
20Comme aquilonAquilon despouille la verdure
Qui sur rameaulxles arbres et sur la fueilleles fueilles est mise
Les genshommes ainsi tourne fort aà sa guise
Ainsi registgouuernegouverne fortuneFortune les humains
Et ce qu’auoitavoit contribuecontribué aà maintz
25De bonne voigle/, et plainede cueur plain de largesse
AÀ vngung instant la meschante deesse
De celle mainla main propre dont les dons auoitavoit faict
De celle au vraymesmes leur oste et les deffect
Ceste Cest eCeste fortuneFortune en vngung lieu ne demeure
30Mais sans cesser elle peine et labeure
AÀ faire pourepovre/ ou enrichir le monde
Inconstante est, aueugleaveugle, vacabonde
Flateuse/, fiere/, allegrenonseure/, violante
Amere/, doulce/, opulantetresamere/, et puissante
35Elle se change/, et mue aussi souuentsouvent
Comme la plume a gitteeagittéea getteeagittée par le vent
Elle est fragille ettout soubdain invtilleinutille
Comme le ciel se rend souuentsouvent mobille
Ceste iadisjadis en terre/, et ville mainte
40Estre sans piedz les poetes ont painte
Siege auoiravoirfaire sur vneune boulle ronde
Et de double aille enuironnerenvironnergrant ailles couronner tout le monde
f. lxxxii v°
Voullant donner signification
Par ce moyenste paincture de sa mutation.
45Les vngsungs nourrist ceste deesse amere
Comme piteuse/, et gracieuse mere
Les aultres bat ainsi que l’on faict plastre
Comme cruelle/, et felonne marastre
f. Hiiii v°
Elle ceulx cy fauorisefavorise/, et supporte
50AÀ ceulx cy faict du mal en mainte sorte
Cestuy elle ayme/,aime et le haulse en biens
Cestuy elle hayt/,haict et ne luy laisse riens
Et leueleve l’ungLes vngs estoient de pourepovrepauurepauvre geniture
En royal estre et riche dictature
55AÀ l’oppositeoppositte elle faict indigentindigens
Cil que tresricheCeulx que tresriches ont congneu plusieurs gens.
OÔ que tu peulx deesse Ramnusie
En ce lieu lalà/, ouoù metz ta fantasie
Combien s’estentetent ta haultaine puissance
60IadisJadis en eut le rommainRommaineurent les rommains congnoissance
Les anciens sceurent bien pour tout veoir
En ce climatFaulse deesse quel effaict peulx auoiravoir
Par ce moyenEt aà ste cause pour aà eulx te plyer
En mainte sorte/, ont quis tet’ont voulu supliersupplier
65Et t’ont vouluvoullu trop plus faire d’honneur
Qu’aà IupiterJupiter/, qui de tout est donneur
L’imaige tienLa tienne imaige que l’on faifoitfaisoitfaisoit barbubarbue
TreshonnoreTreshonnoréTreshonoreeTreshonorée dedans Romme fut veuveue
Pource qu’aux gens barbus tu fauorisefavorise
70Et que leur rens pour seruaigeservaigedonne liberteliberté et franchise
Au mesme lieu aussi tu fusfuz seruieservie
Par vngung des roys nommenommé Tulle seruyeServye
AÀ qui tu fus si bonne/, et si vtilleutille
QuiQu’il te fist temple/, ouoù fusfeuz dicte Pusillepusille
75Pourquoy ainsipusilles ? pour ce qu’euzeus appetit
Le faire Royroy encores trespetit
On t’a seruyservyseruyeservye soubz le nom de visqueuseVisqueuse
f. lxxxiii r°
Pourquoy ? car tant on te veoitVisqueuse ? car tant est engleuseenglueuseenglueuse
Que tu arrestearrestes les vieulx et les nouueaulxnouveaulx
f. Hv r°
80Comme aà la glu vngung pipeur les oyseaulx
Malle on te fit/, conuertanteconvertante/, et prospere
De forte euz nom/, aussi on te fist faire
Image d’homme/, et forme masculine
Car plus qu’aà femmeaux femmes/, aux hommes es benigne
85Que diray oultre ? ainsi qu’est variable
Le tien pouuoirpouvoir/, qui est innumerable
Ainsi pour vrayEn telle sorte diuersdivers noms tu meritte
SorsSort maintenant puis ticheTiché on t’a dicteditte
Fortune puisDepuis Fortune/, Nature/, aussi DiuineDivine
90De Nemesis le nom as en saisine
Par maint parlermainte bouche fusfeus nommeenommée Nortia
Par maintmainte aussi dite Ramnusia
Tout bien/, tout mal/, brief tout ce qu’il aduientadvient
Fortune on ditOn dict Fortune que de toy seulle vient.
95Le gouuernailgouvernail tu porte en ta painture
Car tu regis toute humaine facture
Et pour autant que faiz de biens largesse
Cornucopie aupresauprès de toy on lesse
AuecquesAvecques toy nous trestous mortelz hommes
100LyezLiez/, sarrez/, prins/, et enchainez sommes
Nous endurons les tiens diuersdivers tourmens
AÀ faire prestz tous tesPrestz tousiourstousjours faire les tiens commandemens
Aux vngsungs par toy tristesse est abollye
Aultres de dueilDe dueil les aultres cruellement tu lye
105Aulcuns tu laisse etpar cy et lalà courir
Et les aucuns t’efforces secourir
Les vngsungs tu aymeaymes/, et gros biensbiẽsbiens leur pourchasseleurs pourchasses
Aultres tuLeLes aultres haishays/, et d’auecavec toy les chassechasses
OÔ tresfelice et heureulxheureux la personne
110Qu’on peult iugerjuger de toy Fortune alumne
f. Hv v°
Qui le tien corps en son giron nourris
AÀ qui tousiourstousjours elle adesseadressea dresseadresse ses ris
f. lxxxiii v°
Fauste tu es/, et cree de bonne heure
Mais garde toy qu’en la fin tu ne pleure
115Et que la faulceste faulse et tristressetraistressetraistresse deesse
Tes gros bombans/, et tes gloires n’abaisseabesse
Car comme aà l’ain pour poyssons abuser
Veult le pescheur de frians vers vseruser
Fortune ainsiAinsi Fortune pour te prendre enaà sa rherhéfortuneFortune.
120T’a la richesse estre peultles richesses peult estre preparepreparé
Dont maintenant si fort te glorifiegloriffie
Affin qqu’ung iourjour par malheurmallheur te deffie
Et que toy mis par elle en degredegré hault
Plus vitementvittement tu faces en bas vngung sault
125Si par prouuerprouverexemples tu veulx charger mon dire
De mainte ville et gens on le peult lire
Par les troyensTroyensPour Troye la grande ieje le te prouuerayprouverayTroye
Et de par maintzpar maintes aultres qu’aux liureslivres trouueraytrouveray
Par Babilon/, et par les PersiensbabilonBabilon. persiẽsPersiens.
130Qui par fortune ont esteesté faitz sienssciens
Que vault richesse/, et que vault pouretepovretépauuretepauvreté ?
OuOù est des GreczGrectz la grant felicitefelicité ?
De rommeRomme ouoù sontOuOù sont de Romme/ les triumphans arroys ?
OuOù sont allez ses magnificques roys
135Son Romulus/, son Neuma/, son PriscusromulꝰRoumulus. neumaNeuma. priscusPriscus.
Ses grans Cesars/, et ses puissans Gracchus ?
Ses dictateurs que sont ilz deuenusdevenusdeuenuzdevenuz ?
OuOù maintenant sont ses granssont astheure ces riches reuenusrevenus,
En quel lieu sont ses tribustribuz ses Edilles,
140OuOù sont allezastheure ses triumphes CiuillesCivilles
Qu’est deuenudevenudeuenuedevenue sa tant grande noblesse
f. Hvi r°
Ses potestatz/,potestez, son immense richesse
Ses Scypions/, et ses puissans Augustesaugustes
Ses maiestezmajestez haultes et non augustes ?
145Que fault il plusdire ? tous ses copieulx biens
Sont reuenusrevenusreuenuzrevenuz en l’espesse de riens
Fortune lors laquelle tout pouruoitpourvoitDame Fortune laquelle a tout pouruoirpourvoit
f. lxxxiiii r°
Pour quelque temps prestez les leur auoitavoitauoiravoit
S’ilz ne les ont qu’ilz n’en soyentsoient courroucez
150Car sortSort les a comme siens rambourcez.Sort.
OuOù est Priagme/, soubz lequel tant de gentPriagPriagme.
Fist telle amast de pecune/, et d’argent
Et qui aux Greczen greceGrece fist craindre son Lionlion
AuecAvec le bruyt de son riche Illion ?
155OuOù sont Hector, Troylus et Paris ?Hector. troylusTroylus. parisParis.
Ilz sont trestous en la terre pourryspourris
NemeseDame Nemese, las, qui tout contrainctcontraint perirnemeseNemese.
Les a conduytzconduitz au seioursejour de mourir.
Mais ouoù est Daire/ ? ouoù esse qu’il excerceDaire.
160Le nom de Royroy/, et le regne de PersepersePerse
Qu’est il icyastheure/, luy qui tant futfeut sublime
Qu’encores bruyt sa puissance maxime
C’est moinsmoings que rien il est boutebouté en terre
Par Peleus (comme dict VolaterrevolaterreVolaterre)peleusPeleus.
165Et luy qui fut en tant de biens puissant
Est aà present en terre mortPar Sort astheure est en terre gisant.
Le Roy PontusPonticque qui fut si fort begninPonticq̄Ponticque.
Craignant son filz print et beut le venin
Dont on l’a veu mourir sans nulle faille.
170Et toy Cresus qui euz tant de cliquailleclicailleCresus.
Et riche tantQui fuz si riche que de plus n’en futfeut oncques
Tu n’as plus rien/,astheure ny biens n’honneurs quelzconqueshõneurshonneurs quelzcõquesquelzconques
f. Hvi v°
Par sort humain posseddasFortune dure te donna maint escu
Mais en la fin parParpar Cirus fuz vaincuCirus.
175Et toy qui fusfuz es honneurs si auantavant
EfforceEfforcé fusfuz le seruirservir de seruantservant.
IugurteJugurte ouoù est/,OuOù est iugurteJugurte qui par faitz inhumains
Fist tant de maulx/, et de crainte aux rommainsRommains ?
Par Nemesis on le vit inhumerNemesis.
180Villainement en la parfonde mer.
OuOù sont tes filz/, OÔ barbare AtreusBarbare. AreusAtreus.
AgamenonA gemenonAgamenon/, aussi Menelaus ?Menelaus.
f. lxxxiiii v°
L’ung par combatbataille/, l’autre par adultaire
Cruellement on vit iadisjadis deffaire
185Que diray ieje de toy/, oô duc PompeePompéepompeePompée.
Qui tant de roys soubmissoubzmis aà ton espeeespée
Duquel plus grant ne fut iamaisjamais en rommeRomme
Qui surmontas vngung temps qui fut tout homme
Qui fiz ton nom en tant de lieux voller ?
190En la parfin on te vit descoller
Par vngung villain nommenommé Septinius.Septimus.
Et toy son filzgendre Cesar dict IuliusJuliusIuliusJulius.
Qui conquestas des princes plus de six
Ne fusfuz tu pas de ton senat occis
195Estrangement par l’exort de fortuneFortune ?
Pourquoy si fort ma plumepleume ieje importune
AÀ s’enquester plus auantavant de leur estre
On vit iadisjadis Athenes en bruyt estreathenesAthenes.
Et mainlenantmaintenantmaintenant elle est en decadence
200On vit iadisjadis Thebes en grant puissancethebesThebes.
Et maintenant elle est toute perdue
La gloire on vitOn vit la gloire de troyeTroye tant estandue
Et maintenant elle est matte et estaincte
f. Hvii r°
On vit iadisjadis BabillonbabilonBabilon estre crainte
205Et maintenant en ruyne parfonde
On vit iadisjadis RommerommeRomme teste du monde
Et maintenant rompue et desmolyedesmollye
Sans bruyt/, sans biens/, sans auoiravoir seigneurie
Sans le iouyrjouyriouyssancejouyssance d’honneur/, ny de regime
210Que diray ieje/, on a veu faire estimeexstime
De maint hault prince et grant seigneurtant de princes et de seigneurs de France
Et maintenant on n’en a souuenancesouvenance.
N’a pas esteesté florissant sans vergongne
Charles d’amboyseAmboyse ordonneurgouuerneurgouverneur de bourgongneBourgongne ?
215N’a pas esteesté en dignitezdignitesdignités ducalles
Charles son filz gouuerneurgouverneur des ItalesytallesYtalles
Parmy FrancoysFrançoysQui fut en franceFrance grant maistre et admiral ?
f. lxxxv r°
N’a pas esteesté le sien filz non rural
Mais tresexpert/, et prudent en sa vie
220Georges d’amboyseAmboyse aà mort mis aà PauyePavyepauyePavye
OuOù par malheurfortune le valleureux FrancoysFrançoys
Qui encorencore est prince et Roy des FrancoysFrançoys
Et aà qui dieuDieu enuoyeenvoye prosperiteprosperité
Fust de son serf mis en captiuitecaptivité ?
225N’a pas esteesté de RauelRavelrauelRavel le seigneur
Qui de vertus fut scauantsçavantscauentsçavent enseigneur
Et geniteurqui fut pere de ma damemadame Anthoinette
Tant gracieuse, amyable/, etamyable/, tant belle/, et tant honnestehonnette
Qui est espouse aà vngung puissantd’ung gracieulx seigneur
230Que pour iamaisjamais tiendray pour monseigneur
Qui vault de meursen armes Dd’dherculesHercules vngung millier
CheualeureuxChevaleureuxCheualleureuxChevalleureux et puissant cheualierchevalier ?
N’a pas esteesté en honneur bien fort hault
Le feu seigneur de la Roche Foulcaultroche FoufcaultRoche Foulcault
f. Hvii v°
235Pere dudict/, pour vray ilz ont esteesté
Mainte saison/, maint yueryver/, maint esteesté
En gros triumphetriumphes/, et crainte merueilleusemerveilleuse ?
Mais Nemesis la deesse enuyeuseenvyeusenemesisNemesis.
ApresAprès de biens leur auoiravoir faict largesse
240Les a boutez en fatalle destresse.
Que diray plus/, toute chose mortelle
Tant soit iolyejolye/, opulanteriche/, suauesuave/, ou belle
Soubdainement s’esuanouystesvanouyst et passe
Toute personne en peu de temps trespasse
245Rien ouon ne voitne peult estre de prolixe dureedurée
Dequoy nature est maintenant pareeparée
Fortune tout tourne parmy sa roue
Ce qu’elle veult elle metmect en la boue
Ce qu’elle veult iusquesjusquesiusquejusque au ciel l’extolle.
250De qui encor diray ceste parolle
Que tout ainsi qu’on voitveoit faire la lune
Ne plus ne moins se gouuernegouverne fortuneFortune
f. lxxxv v°
MaintenantAstheure plaine,/, aà presentastheure radieuse
MaintenantAstheure noirenoyre,/, aà presentastheure nubileuseinubileusenubileuse
255Tout soubdainAstheure crest,/ elle decrest astheure
En vngung estat tout le iourjour ne demeure.
OÔ que doubteux sont, fortuneFortune, tes faitzfaictz
Que tes faitz sont orsles tiens actes sont villains et infaitz
Que sont aà nous tes penseespenséestes penseespensées sont aà nous incertaines
260Que tes faconsfaçons sont malles etperilleuses sont tes faconsfaçons soubdaines
Celle tu es qui t’esforceefforce tousiourstousjours
Des ieunesjeunes gens abollir les seiourssejours
Celle tu es qui priueeprivée de pitiepitié
Tache aà gaster toute bonne amytieamytié
265Celle tu es qui auecqavecq doulceur mesle
f. Hviii r°
Toute amertume/, et feu auecquesavecques gresle
IamaisJamais tu n’estes de douleur dessaisiede saisiedesaisie
Tu murtriere eses meurtriere de bonnnebonnebonne fantasie.
Au temps passepassé de toy aymeaymé ij’estoye
270Et en tout heur et tout bien florisoyeflorissoyeflorissoye
VngUng iourjour n’estoitestoyt que tresbeau ne trouuassetrouvasse
Que de malheur/, et chagrin ieje nouasse
Que deuersdevers moy ne print chemin plaisir
Dueil ne me vint iamaisjamais alors saisirDe ioyejoye aà peine me pouoyepovoye desaisir
275Moy seul aymoit/, moy seul entretenoit
Celle par qui tout soulas me venoit
Tresvoulentiers ij’estoye veu de ses yeulx
IJ’estoye chery de trop plus ou mieulx
Qu’estre scauroitsçauroit homme de ma porteeportée
280Ma vie estoitestoyt toute reconforteereconfortée
Par ma maistresse or qu’estoysquant j’estoye en mesaise
Mais toy fortuneFortune enuieuseenvieuseenuyeuseenvyeuse/, et mauvaise
IreeIrée dequoy ma dame m’aymoit tant
As inuenteinventé vngung dire non patant
285Mais claudestinclandestinclandestin/, trop secret/, et cachecaché
Dont d’elle m’as tout l’amourde madame l’amour m’as empescheempesché
Et moy qui fuz tant en sa grace bonne
f. lxxxvi r°
Trop plus auantavant que viuantevivante personne
IJ’en suis si loing et recullay si fort
290Que ieje ne cuyde estre iamaisjamais siiamaisjamais estre assez fort
Pour conquester le bastillon premier
Auquel bien faict m’auoitavoit faict premierpresmier
Par ma maistresse ende mon loyal seruiceservice.
OÔ sort facheux par toy sans faire vice
295IeJe suis banny/, et chassechassé d’une dame
Que ij’aymoys plus que la mienne propre ame
f. Hviii v°
Las maintenant de moy on ne tient compte
Quant on me veoit de me veoir on a honte
Mes oraisons/, :, et mon humble priere
300Ne sont oyz/, on les gette derriere
De ses doulx yeulx/, :, ne suis plus aduiseadvisé
Mais on me fuyt comme Anemathiseanemathisé.
Malle fortuneFortune aà quelle intention
Me cause tu si grande passion ? ?
305Dure fortuneFortune aàpour quelle fantasie
M’as tu priueprivé de ma bonne amasie
OncqueOncques enuersenvers toy ne meffiz en ma vie
Et de te nuyre orieje n’euz iamaisjamais enuieenvieenuyeenvye
IamaisJamais de toy/, n’aussi de ta puissance
310Ne ditz promposproposparolle/, qui te portast nuysance
Deporte toy doncques fortuneFortune dure
Trop long temps a que tes assaulx gjij’endure
Faitz ieje te pryprie que mon bien et atenteattente
Encontre moy ne soit plus mal contentecontante
315Faitz que ta roue encontre mont se tourne :
Et qu’en sa grace en brief temps iejela grace de ma dame retourne
IJ’aymeroyeaymeroie mieulx beaucoup veoir LuciferluciferLucifer
Et les tourmens viuantvivant passer d’enfer
Les durettesdurettésduretesduretés Dd’alectoAlecto la furiefuryedalectoAlecto.
320Et Thesiphone encontre moycontre moy veoir marryeThesiphone.
Que m’eust ma dame en oulblyoubly tanttant en oubly boutteboutté
QuaQue pour tousiourstousjours ij’en fusseQu’aà iamaisjamais feusse de s’amour deboutedeboutédebouttedeboutté
f. lxxxvi v°
Certes ieje peulx si tresforttreffort la priser
Que ieje pourroys l’essence depriser
325De IupiterJupiteriuppiterJuppiter/, :, et des flames qu’il dardeIupiterJupiter.
Mais que me taint dessoubz sa sauuegardesauvegarde
Peu ieje feroys de Saturne/, :, et MercureSaturSaturne. MercuMercure.
f. Ii r°
Mais qu’aà m’aymer ma maistresse print cure
Peu me seroit de IunoJuno et PallasIunoJuno. Palas.
330Mais que ma dame eusse en tous mesieje visse madame en ses soulas
Il ne me chault de toute aultre pitiepitié
Mais qu’aà mon corps elle fistque madame me portast amytieamytié
Las pourquoy las m’as tu si tost changechangé,
Pourquoy m’as tu de tes biens estrangeestrangé ?
335Le ciel me fache/, aussi l’air m’estl’air m’est aussi nuysant
Tout ellementTout tellementTotallement m’est dur et desplaisant
Sans toy ne puis et ne demande viurevivre
Doncques eliz mon mourir ou mon viurevivre
Par le hault ciel/, par les dieulx ieje te iurejure
340Que ieje ne cuyde oncq t’auoiravoir faict t’auoiravoir faict oncq iniureinjure
Crime iamaisjamais ne vouluz si grant faire
Dont ieje cuydasse/,, OÔ damemadame, te desplaire.
Si maintenant tu ne croys mon langaige
Et que me fasse ainsifasses tousiourstousjours mauuaismauvais visaige
345Sans que fleschissefleschisses aà pitiepitié ton debuoirdebvoir
IeJe te prometz par le diuindivin pouoirpovoir
Que ne mettray iamaisjamais mon corpstant que viuevive ne me metray en place
OuOù puisse veoir d’homme ou de femme face
Et si peulx estre asseureeasseuréeassureeassurée ma maistresse
350Qu’encor t’aymer me verra ma vieillesse
Tu m’as esteesté dame seulle et premiere
Tu me seras sur ma foy la derniere
Ma voulentevoulenté iamaisjamais ne changera
Tant qu’en ce monde irasera et viueravivera
355Deusse ieje viurevivre (oy moy)tousiourstousjours du corps habille
Les ans et ioursjours de l’anticque Sibille.Sibille.
Fin de la description de fortuneFortune.
