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- Repérer les variantes
- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
f. Cv r°
f. lx v°
Le premier propos fantasticque enuoyeenvoyéFantasie enuoyeeenvoyée aà monsieurMonsieur de Rissay
Noble seigneurseigñrseigneur en qui gist mon espoir
D’auoiravoir secours en ce mien desespoir
Voy cest escript que aà presentceste lettre/, laquelle ieje t’enuoyeenvoye
Pour t’aduertiradvertir que ieje prenantprenãtprenant la voye
5De ma maison ainsi comme tu scez
Mal disposedisposé pour faire trop d’exces
Mon long chemin esperantCuidãtCuidant ma voye plixe terminerṫminerterminer
En vngung santiersãtiersantier me mis aà cheminer
Qui si long tempstẽpstemps de moy fut reparereparé
10Que me trouuaytrouvay en vngungvnun boys esgareesgaré
Dedans lequel et par lalà et par cy
IeJe chevauchechevauchoye non sans auoiravoir soulcy
Ne saichant certecertes en quel lieu ieje tiroye
Si ieje disoys aultrement mentiroye
15Car voye n’estoit de moy tenue aulcune.
Le mien cheualcheval ieje picque et importune
Voullant yssir ceste forest si grande
Mais ieje ne donne aà mon trauailtravail amande
Trop plus espetz ieje treuuetreuve arbres et boys
20Tant plus auantavant/, et plus parfond ieje voys
f. lvii v°
Dont perdre assez ieje cuidaycuyday patience
f. Cv v°
AllorsAlors ieje n’euz de m’ayder science
Fors de picquer/, ouoù vouloitvouloye aduentureadventure
Qui vers minuytmyniuemynuit adressa ma facture
25En une brosseunes brosses aà desert bien semblablesemblables
OuOù ieje ne voycuyde passetemps demourabledemourables
Mais desplaisir sa demourance y prendre
Raison pourquoy/, monsieurMonsieur vueillesvueillez entendreDemãdeDemande de maladie.
Que tout le lieu estoitestoyt sec sans verdure
30AÀ tout le moins qui fort longuement dure
Pource que chault y est si tresextreme
Qu’en sa verdeur l’herbe ne se tient ferme
Aulcuneffoys le froyt le chault combat
Et son pouoirpovoirsa puissance colericquecollericque abat
35Dont arbrisseaulx/, et herbue noblesse
Sont redigez en tresgrant secheresse
Estre ne peultIl ne peult estre doncques monsieurMonsieur ainsi
Que vert n’y soit finefiné lalà ou icyfinefiné soyt de lalà ou d’icy
La terre y estLes terres y sont si tresfort altereealteréealtereesalterées
40Que tu pourroys lales cuyder assereeasseréeassereesasserées
Elle ne porteElles ne portent ne fueilles ny fruictaige
Aux habitans ce n’est trop grant dommaige
Car les fruytz sont contraires aux humains
Et n’eussent ilz que douleurs en leurs mains
45En lieu de fruyt/, on n’y trouuetrouve assez casseCasse.
Qui aux mangens iamaisjamais les dens ne casse
ReubarbeRubarbe y prent tresample nourritureRubarbe.
Et quelque foys se conioinctconjoinctconiointconjoint aà nature
Parquoy souuentsouvent aduientadvient par son pouoirpovoir
50Qu’ordure molle en yssir on peult veoir.
Que te diray ieje/, c’est vngung pays estrange
Pour m’y tenir ieje ne vouldroys estre ange
f. Cvi r°
Car c’est vngung lieu tout remply d’amertume.
TouteffoisTouteffoys maintz en aymentaiment le volume
55Pour le proffitla richesse qu’ilz y vont conquerant,
f. lviii r°
Si tu vouloys leurs noms estre querant
IeJe te diroye en motz cours et certains
Que sont ceulx lalà/, qu’on nomme medecins.
Les medecins ne quierent aultre paysMedecins.
60Comme me dist celuy que ieje pays
Et ne font casfeste d’aultre terre habiter
Ains veullentvueillent lalà l’ung l’aultreautre se inuiterinviter
Par ce que fain (: (peult estre)() en aultre terre
Leur pourroit faire empeschement et guerre
65Et lalà ililz sont traictez/, et bien nourris
Ainsi que sont presidens aà ParisparisParis.
IeJe m’en taise or/, pour te dire qu’aulx plaines
De ce terrouerDesdictes terres/, sont ruisseaulx/, et fontaines
Mais la liqueurle bruuaigebruvaige ieje ne puis exstimer
70Pource qu’au boire il est trouuetrouvétrop on le treuuetreuve amer
Petite source y courtPetites sources y sont de doulx CirotzcirotzCyrotz.
Qu’on va puiser aà gobeletzgobelletz et potz
Pour refreschir l’ardeur des habitans
Qui sont de viede vie sont/, ou de mort hesitans
75De ces cirotz quelque peu ieje tastay
Mais chaisquechaisqune dragme argent maint m’a m’a cherement coustay
Car il faillut auantavant qu’en bouche en mettre
Tirer escuzmonnoye/, pour donner aà vngung maistre
Qui me iurajuravint dire que point n’en buroys or
80Qu’il n’eust premier de mon argent ou or.
Non seullement pecune luy donnay
Mais certecertes aussi tout luy habandonnay
Habillemens cheuaulxchevaulx/, et opulance
f. Cvi v°
Car alteray ij’estoye oultre puissance
85IeJe n’eusse peu trouuertrouver en ce terraige
Pour moy meilleur/, et plus begnin bruuaigebruvaige
Veu la chaleurchalleur/, et alteration
Qui en mon corps donnoyent grant passion.
ApresAprès que ij’euz tastay deste liqueur
90Qui affoiblist quelque peu le mien cueur
f. lviii v°
Oultre ieje tyretire/, et ses sources ij’absenteabsentes
Prenant cheminadresse tout le long d’une sante
Qui me mena droit deuersdevers vngung demaine
OuOù dolantdoullant mal sans cesser se pourmaine.
95LaLà fut construitconstruyt vngung ancien chastel
OncquesOncque n’en vis en ma vieen ma vie/, n’en auoysavoys veu de tel
Ny de pareille/, et semblable nature
Car vneune foys lalà toute creature
Il fault venir auantavant que mort auoiravoir
100Se n’y as esteesté/, tu peulx scauoirsçavoircroyre pour voyrvoir
Que quelque iourjour tu viendras celle part
IeJe prye aà DieudieuDieu que ce soit le plus tardtart
Que bonnement par luy se pourra faire
D’autant que c’est vngung tresfacheux repaire
105OuOù l’on n’attendattent que mortel finement.
ChargeChargé de dueilpeine/, de langueur &etet tourment
Aprochant doncqdoncques ce chastel fort antique
IeJe veiz venir la dame tant ethicqueMaladie.
Qu’aà peine peuz congnoistretoute peine congneuz aà l’aprocherla procherl’aprocher
110Si en son visvisaige y auoitavoit grain de chair
Et aà son port monstroit que n’estoit saine
Vestue estoit aà la mode Lorraine
De pelissons du bas iusquesjusques au hault
f. Cvii r°
FourreeFourrée par toutpartout pour auoiravoir plus grant chault
115Son corps chargechargé de foibles impotances
Portoient pour vray deux tresfortesPortant deulx fortes et tresgrosses potances
Des deux costezDe part et daultre la cotoyent deux femmes
Ordes par trop/, vilaines/, mausades/, et infames
Qui au monde ontont au monde renommeerenommée assez ample
120L’une foiblesseFoiblesseFoiblesse/, en tout temps qui fortlaquelle en tous temps tremblefoiblesseFoiblesse.
L’autre chagrinChagrin/, qui est si tresdepitetresdespiteChagrĩChagrin.
Qu’en toute chosetoutes choses elle treuuetreuve redicte.
Deux escuiers mal gracieulxgracieux/, &etet ors
IeJe visveis pour vray aller deuantdevant son corps
125L’ung s’appelloit excesExces contre natureExces.
f. lix r°
Et l’autre estoit soulcieusesoulcyeuse tortureSoucy.
Lesquelz souuentsouvent sont si tresinhumains
Que maladieMaladieMaladie font mettant au corps desmettent au corps humainshumaĩshumains
Qui est leur dame/, et vnicqueunicque maistresse
130Et que ieje veis en si ample noblesse
AcompaigneeAcompaignée oultre par mon serment
D’ung faulx garsonpaillart paige/, qu’elle appelle TourmenttormẽtTorment.
Et de six femmefemmesfemmes assez mal gracieuses
MauuaisesMauvaises plus que ne sont chassieuses
135Qui sont tousiourstousjours sans pitiepitié et mercy
Leurs noms ne veulx taire n’obmettre icy :
Douleur l’une estest l’une,/, Tristesse est la secondedouleurDouleur. tristesseTristesse.
L’autre facherFacherFacherie l’autre qui va par tout le mondeFascherie.
La quarte est Peine/, et la quinte LangueurPeine. lãgueurLangueur.
140Et la derniere est despiteuse AygreurAigreurgreurAigreur.
Qui est parente aàde Desepoir l’horrible.Desespoir.
ApresAprès venoit une bende terrible/
De meigres gens trespallesD’hõmehomme et femmes meigres, palles et deffaitz
f. Cvii v°
Dont la pluspart estoyentestoient tous contrefaitz
145Pour la douleurrudesse que leur faictfeit Maladie,
Autres auoyentavoyentauoientavoient tant leur teste estourdie
Qu’ilz ne scauoyentsçavoyentsauoientsavoient si iourjour estoit ou nuyt,
D’autresaultres aussi FieureFievreFiebyreFiebvre quarte conduytfiebureFiebvre quarte.
Entre lesquieulxlesquieux de veoir ne lessay mie
150Une que tiens pour ma parfaicte amye
De qui long temps deplorede cestuy le malheur
Combien que ij’eusse assez plus grandeextreme douleur.
Dame Verolle auecavec sa chair galeusegalleuseVerolle.
EntrenoitEntretenoitEntretenoit vneune bende piteuse
155Tant bousouflezboussouflez/, et de couleur estains
Qu’on n’eust iugejugé les viuresvivres deux matins
Qua terreQuaterreQuaterre aucunsaulcuns promenoit/, et aucunesaulcunesquaterreQuaterre.
Aucuns Podagre/, et Pugnaisie les vnesunesPodagre. pugnaisiePugnaisie.
Par Goute mains caça et lalà mener veis
160Et si trestanten tel nombre/, qu’au cielqu’au ciel aà monaà mon aduisadvis
f. lix v°
N’a d’astres tanttant d’estoilles aposeesaposées et ficheesfichées./.
Bossues visIeJe veiz bossues/, boyteuses/, deshanseesdeshanséesdeschausseesdeschaussées
Rongneux/, galleux/, par piedz/, et par argotz
IugerJuger pouoyspovoysIeJe cuydoie certes que ce fussent ragotz,
165Et nonobstant le mal que ieje portoye
VngUng bien petit ieje me reconfortoye
Voir tous ceulxceste bende cy de tant putte nature
Qui habundoithabondoit en si grande laidure
Que l’on disoit tout expres estre faitz
170Pour donner ioyejoye aux aultres plus parfaitz.
Non loinglong apresaprès ste bende ridicule
VngUng monstre visIeJe vis vngung monstre qui mon cueur contribuleMort.
Tenant en main une tranchante faulx
Dont amassoit aucunsaulcuns en cesses tropeaulxtroppeaulx.
f. Cviii r°
175Si ieje fusfeuz lorsbien des premiers estonneestonné
IeJe te prometz que ce dernier nommenommé
AppelleAppellé mortQui mort s’appelle/, me fist crainte plus grande
Que n’auoitavoit faict le reste de la bende
Pour eviter lequel/, fuyr ieje cuyde
180Mais tost me print maladieMaladiemaladieMaladie me print tost par la bride
Et me dist/ : « Sire ainsi n’eschaperezeschapperez
Ains auecavec moy logis vous happerez
Trop longuement auezavez santeSantéSanteSanté seruyeservye
Que ieje ne vis/, ny aimay en ma vie » .
185Lors quant me vis happehappé de telle sorte
Cuydant monsieurMonsieur que ne fust assez forte
Pour maugremaugré moy me tenir aà son ayse
Luy respondisrespoudisrespondis/ : « dameDame ne vous desplaise
AuecquesAvecques vous ieje ne veulx demeurer »
190Et ieje m’efforce aà ce mot retirer
Mais futfeut en vain/, tant plus contre elle tyre
De tant plus fortcertes mes membres ieje martiremartyre
Ma force, las, ieje treuue treuveHelas, ma force ieje trainay vacillante
Et celle dure/, oultrageusecourageuse/, et puissante
195Qui fut mela cause en sa mercy me rendrerandre
f. lx r°
Incontinent me fistfit lyer et prendre
Par deuxdeulx varletz plus mauuaismauvais que tempeste
L’ung par la iambejambeles iambesjambes/, et l’autre par la teste
Qui m’ont porteportéme porterent en vngung vieulx galletas
200OuOù mouches sontestoient mouches et pulces aà gros tas
Et m’ont contrainctme bouterent coucher dedans vngung lict
OuOù ieje ne prins vngung seul brin de delict
Pour l’ennuy grantle moleste que me fist le sien paige
Et pour lors mieulx trousser mon equipaigeequippaige
f. Cviii v°
205Me fist grater la teste par douleurdoulleurDoulleur.
Et visiter par trauailtravail/ et malheur,Malheur.
Par puresy vngung paillard dangereuxdangereulxPuresy.
Me fist bouter en estat langoureux
Me prendre puisEt puis me prendre par fieurefievrefieburefiebvre continueFieureFievre cõtinuecontinue.
210Que de long temps a des siens retenue
Par qui cuyday plus viteviste que le pas
Soubdainement faire mortel trespas.
Durant le temps que me tenoyent ces deuxdeulx
Et que me plainsieje crye/, que ieje crie et meme plains et deulx
215Dedans ma chambre vngung varlet meschant entre
Que par leans on nommel’on surnomme par leans flux de ventreFlux ḋde ventre.
Qui tellement et tant me molesta
Que tout mon lict et la chambre infesta,
ApresAprès luy vint ceste maigre foiblesse
220Qui l’impotent trop plus que le fort me blesse
Laquelle helas mon corps sarra et print
Par tel moyenDe telle sorte que langueur le surprint
Par qui huyt ioursjours ay souffert grandement
Durant ce temps, ieje ne t’escriptz commentcommant
225Monsieur clistereClistere/, et dameDame medecineMedecineClistere. Medecines.
Ont visitevisité ma malademallade intestine
Casse/, rubarbe/, et leur progeniture
AuecqAvecq pillurepillures ont veu mon enclousturePillures.
Et m’ont donnedonné quelque consolatiueconsolative
230En ma tristesse/, et langueur maladiuemaladivemalladiuemalladive.
ApresAprès huyt ioursjours soustenusontenusoutenu le moleste
Des dessusditz monseigneurMonseigneur ieje proteste
Que quatre ioursjours si fort ieje fuz malade
Que faire plusiamaisjamais faire ieje ne cuidoyscuidoye ballade
f. Di r°
235Ains tout mon cueur/, mon espoir/, et remort
C’estoitestoyt de prendre et embrasser la mort
Qui iourjour et nuyt estoitestoyt deuantdevant ma face
En celuy temps dieuDieu m’enuoyaenvoya sa grace
Car me voyant paisible et pacientpatient
240Mon medecin de secours pas scient
Duquel ieje peussepense euitereviter le mourir
En mon trauailtravail me voulut secourir
Et me impartistimpertist le tresbeau vestement
(Qui me fut bon)/, qu’on dict Allegementallegement.
245Si aà proposproupos me transmist ceste aysance
Que maladieMaladie/, et la sienne aliancealliance
Qui bien cuydoit mort m’auoiravoir ameneeamenéeamendeamenée
Fut loing de moy chasseechassée celle iourneejournée
Et de ses gens nully ne demoura
250Foyblesse fortFors que foyblesseFoyblesse qui de moy s’amoura
Si grandement que ne me veulx laisser.
Si tu scez rien qui la puisse chasser
IeJe te requiersprye que m’en sequeure brief
Car son maintien m’est trop facheux et grief
255Aussi ieje suis encoreencores en ce chasteau
Que ieje hays plus que ne faict le chat eau
Dont ieje ne puis sortir/, fors par deux portes
Qui faictes sontsont constuictes merueilleusementmerveilleusement fortes.
La prime porte ouon nommeL’une sappelle la porte de santesantéIanua sanitatis.
260L’autre de mort a le nom arpantearpantéIanua mortis.
Par l’une ou l’autre il fault l’hommefault tout homme sortyr
Qui cy dedans vient les doulleurs sentyr
Que maladiemalladie apreste aà tout humain.
IeJe te supplysupplye que me tande ta main
265Et que me face vneune si grandetant de plaisir et grace
f. lxi r°
Que de santesanté par la portepar la porte de santesanté brief ieje passe
AÀ tout le moins si en scez le moyen
Et pour ce faire enuoysenvoys moy de ton bien
IJ’entens du bien de ta consolatiueconsolative
270Qui me sera de ioyejoye generatiuegenerative
Et ce pendant que me querraspourchasse yssue
De ce lieu cy/, ouoù par foiblesse sue
IeJe priray dieuDieu te donner ce que veulx
Et te tenir sain/, gaillard/, et ioyeulxjoyeulx.
Fin du premier Propospropos fantasticque.
