Versions
- Repérer les variantes
- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
Le .ii. Propospropos fantasticqueFantasie enuoyeenvoyéenuoyeeenvoyée aà Lienard de laLa IasseJasse seigneur de laLa IasseJasse: et homme d’armes de la cõpaigniecompaigniecompaignie de monsieur de montigẽMontigenMontigen.
f. Dii r°Pour satiffairesatisfaire aà ton affection
Que sceue ij’ayij’ay congneue par ta peticionpetionpeticion
Homme parfaict en qui gist tant de grace
Que le seigneur on nommel’on appelle le seigneur de laLa IasseJasseMonsieur ḋde la IasseJasse.
5Presentement cest escript ieje t’enuoyeenvoye
IeJe te requierssupplie qu’en ce iourjour tu le voye
Et tu pourras congnoistre la plus part
De tous les Dieuxdyeulx qui cy ou autre part
Par les GentilzgentilzGentilz venerez ont esteesté
10LesquieuxLesquieulx ij’ay veu vngung iourjour de cest esteesté
En vngung iardinjardin loing de dueil et soulcy
AÀ qui mieulx mieulxmyeulx dancer/, et faire ainsi
Comme ij’ay mis en ceste mienne quarte
LisLitz la auouau long/, et d’elle ne t’esquarte
f. Dii v°
15IusquesJusques aà tant qu’emply soit le tien cueur
De ceste folle et poetemienne poetique liqueur..
En vngung iardinjardin de parfaicte excellence
Me pourmenoyspourmenoye vngung soir pour ma plaisance
AuecqAvecq des fleurs la deesseOuOù la deesse des herbes PomonaPomona.
20Qui cy auantavant en ce lieu me mena
f. lxi v°
Que me trouuetrouvenous trouuasmestrouvasmes en vngung petit lariz
OuOù de beaulx fruitz arbres ne sont tariz
Mais sans moyenmesure couuerscouvers/, et copieulx
Dessoubz lesquieulx estoyentestoient deesses et dieuxdyeulx
25Bien arrengezarrengesarrengés en maniere iolyejolye
PresPrès une table orneeornéecouuertecouverte d’ambrosieambrosyeambrosiaAmbrosia.
Et de nectar leur menger et bruuaigebruvaigeNectar.
Lesquieulx apresaprès auoiravoir chassechassé la raige
Qu’ilz ont souuentsouvent de la maigre FamesfamesFames.
30Par st’ambrosieambrosye/, et aultres entremetz
Que les troys seurs appelleesappellées HesperidesHesperides.
AuoyentAvoyentAuoientAvoient transmis des iardinsjardins TantalidestãtalusTantalus.
Dont ilz auoyentavoyentauoientavoient leur fin adnichilleeadnichillée
Affin que d’eulx douleur fustfeust reculeereculée
35VouloyentVouloient mander Orpheus, AmphionoprheꝰOrpheus. ãphiumAmphium.
Hismenias/, Linus/ et ArionHismenias. Lignus. Arion.
Les menestriers de la bende diuinedivine
Quant Patinus le dieu de la cuysinepatinꝰPatinus.
Et Pilonus le boulengier des cieulxpilonusPilonus.
40AuecAvec VulcamVulcain arriuerentarriverent en ces lieuxVulcanus.
Tous troys dancens au son de la musette
Du messagier Mercuredieu mercureMercure messaiger treshonnesteMercure.
De iupiterJupiteriuppiterJuppiter gouuerneurgouverneur des tonnoirres.iupiterJupiter.
Mars estoit lalà fabricateur des guerresMars.
f. Diii r°
45Entretenant sa maistresse VenusvenusVenusVenus.
Qui fistfit laisser la dance aà Vulcanus
Et s’en aller en sa bronticquebrouticquebroutique forge
OuOù les arnoys des dieulxdyeulx cellestes forge
Tout desplaisant courroucecourroucé et fumefumé
50De ialousiejalousie ordyremply et parfumeparfumé
Dont les diuinsdivins firent bien grant riseerisée.
Dame Ceringue lalà ne cests’est pas amuseeamuséecerĩguaCeringua.
Mais elle a prins une fleute d’almant
Et a sonnesonné si gorgiassementtresgorgiasement
55AuecAvec Chiron vngung bransle decouppedecouppéChiron.
f. lxii r°
Que chascun s’est en la dance frappefrappé.
Le dieu Phebus par la main print DaphneDaphnéphebusPhebus. daphneDaphné.
Le gros yurongneyvrongne BachusBacchus mena/, AriadneAriadnébaccusBaccus. ariadneAriadné.
Et la tresieunetresjeune et tresplaisantedeesse de ieunessejeunesse HebesHebesHébés.
60Mena danser son amy HerculesHercules.
TiroTyro aussila belle fille SalmoneusTyro. salmoneusSalmoneus.
MeneeMenée y futyY fut meneemenée par le dieu NeptunusNeptunus.
Phebe presprès d’eulxaussi par Castor son amy.Phebe. Castor.
LaLà ieje ne veiz zephirusZephirus endormyzephirꝰZephirus.
65Qui costoyoitcostoyoyt la formose AuroraauroraAurora.
Ayant aà mainTenant s’amye l’odorante Flora.Flora.
Endimion faisant milles gambadesẽdimiõEndimion.
AÀ CinthiaCynthia enuoyoitenvoyoit ses oyalladesCinthia.
Qui triumphoit de decoupper ce bransle
70Lors Apollo de sa place s’esbransleesbranleApollo.
Pour enrichir celle tant belle dance
PresPrès de Ceringue/, et de Chiron s’aduenceadvence
Et de ses bras beaulx/, et gracieulx happe
Sa melliflue/, et bien raisonnante harpe
75Et aux accors des preditz il se renge
f. Diii v°
D’une faconfaçon merueilleusemerveilleuse et estrange.
Ganimedes de IupiterJupiteriupiterJupiter pincerneGanimidesGanimedes.
Soubdainement venir dancer ieje cerne
AuecquesAvecques luy Orion le veneur.Orion.
80AÀ ces deux cy on fist assez d’honneur
Pource que l’ung fut filz du roy PriamprianPrianPrian.
Et l’autre nené d’ung grant prince TroyemTroyan,
LaLà voluptasVoluptas long temps se promenaVolupta.
Arpocrates tenoit AngeronaArpocrates. Angerona.
85Que les Romains adorerent iadisjadis
Ainsi que ceulx qui president aux ditz
Et qui estoyent en propos taciturne.
Dancer g’y vis aussi le vieilviel SaturneSaturne.
Et Cybelles auecquesavecques ses tourellesCybelles.
90Qui fist dancer troys de ses damoyselles
f. lxii v°
AuecqAvecq troistroys dieux nouuellementnouvellement venus
LaLà vis venir le bon seigneur IanusJanusIanusJanus.
Qui amenoit la pudicque VestavestaVestaVesta.
Qui pour tout vrayLaquelle certes la bendebande ne infesta
95Mais decora de sa tant bonne grace
Februa saulte assez soubdainsoubdainement en placefebruaFebrua.
Et par sa main elle prentprend AesculapeAesculapius.
Lequel portoit vngung serpent en escharpe
Et qui dancoitdançoit par tresbonne cadence.
100Demogorgon voyant la contenanceDemogorgon.
De Rhanusie/,, autrementaultrement dict fortuneFortunefortũaFortuna.
Qui s’amusoit aà ronger vneune prune
Luy dist :/ : « ma dame allons vngung peuvoullez vous pas dancer »
Et adà ce mot ieje le vis auanceravancer
105Et par sa main la prendre doulcement
Elle n’en fit aucunLaquelle certes n’en fit reffusement
Mais de bon cueur a suyuysuyvy son alleure.
En cest instant/, et en celle mesme heure
Valla ne fut en paix nyla belle ne fut pas en reposValla.
110Mais se tira auecquesavecques ses suppos
Le dieu Priappe/, le dieu HortolanusPriapꝰPriapus. hortolanusHortolanus.
Qui sont venuzs’adresserent deuersdevers AesculanusAesculanus.
Lequel amatz faisoit de viollettes
Dont ilzDesquelle ont faict boucquetz et couronnettes
115Qu’ilz ont poseposé en faconfaçon deificque
Dessus le chiefles testes iovinjovin et inuonicquejunonicque.
Quant ce dancerceste fete Polux a entenduPolux.
AuecqAvecq Doris sa femme se y estsa femme Doris lalà s’est renduDoris.
LeucothoeLeucothoé tenant OceanusLeucothoeLeucothoé. oceanꝰOceanus.
120Pareillement Thetis son NereusTetis. NereꝰNereus.
Melicerta ce scauentsçavent nautonniermelicerMelicerta.
Et Protheus le marin motonnierProteꝰProteus.
AmphitriteAmphitrité auecquesavecques PallemonAmphitriteAmphitrité. Pallemon.
S’en sont venus escouter ce sermon.
125Leur maisonnetteLeurs maisonnettes ont laisselaissé HesperipesHesperidesHesperidesHesperides.
f. lxiii r°
Et leurs ruisseaulxriuieresrivieres les doulces NereidesNereides.
Leurs hault rochiers les pierreuses OreadesoreadesOreades.
Forestz et boys aussi amadriadesAmadriadesHamadriadesHamadriades.
Et vindrent lalàsont venues en tresbelle ordonnance
130IoyeusementJoyeusement leur bouter en la dance.
Pan le siluestresilvestre auecqavecq ses piedz cornuzPan.
Faunus son frere/, et Satires tous nuzFaunꝰnusFaunus. Satiry.
Fors que de fueillefueilles/, au son de ses aubades
Ont d’ung accord faict troys milles gambades.
135LaLà Galaxes de la paix amatricegalasesGalases.
Et Dyana des boys obseruatriceobservatriceDiana.
Sadinement donnoyent bien aà congnoistre
f. Diiij v°
Qu’aprises sontfurent par vngung bien scauentsçavent maistre
Tant bien venoyent ces deulx aà la cadence.
140Troys viz aussi d’une mesmeaultres aussi ieje viz d’une alliance
Euphrosine/, sa compaigne EgialleeuphrosineEuphrosine. Egialle.
Et PasithePasithéPasitheePasithée benigne/, et cordiallePasitheePasithée.
Qui eurent lalà assez grandes merites
Car de Venus elles sont leselles seruentservent aà Venus de Carites.
145Long temps ieje fuz aà speculer leurs graces
Leurs beaulx maintiens/, et crepondicquescrepindictes faces
Belles si fortQui furent telles/, qu’aà grant peine ij’oustay
Le mien regard/, tant dessus fut boutay
IeJe n’eusse encoreEncores n’eusses ma veue absente d’elles
150Si Proserpine en ses doulces quarellesquarrellesProserpine.
Ne fust venueveue auecquesavecques sa mesgnyemesnye
Qui n’amoindrit icelle compaignie
AuecquesAvecques elle y vint Clotho, chimereChimereClotho. Chimera.
Thesiphone/, LacherisLachesis/, et MegəreMegereMegereThesiphone. Lachesis. MegeMegere.
155AÀ tous humainsQuatre deesses mortiferes/ et peruersesperverses
Qui ont faconsfaçons/ et manieres diuersesdiverses.
QuandQuant ieje les viz esmerueilleesmerveillé ieje fuz
Et demouray assez plus que confusconfuz
Voyant dancer ceste turbe infernalle.
160Bien tost apresaprèsApresAprès lesquelles sans trop long interualleintervalle
f. lxiii v°
IeJe vis Pluto/, Minos/, RhadamenthusPluto. Mynos. RadamãtusRadamantus.
Et Aeacus que ij’ay cy ramentusramenthusAeacꝰAeacus.
Pource qu’ilz sont en enfer presidens
AuecqAvecq PlutoplutoPluto en tout temps residens
165Qui pour vngung peu leur esperit esbatre
Pour lors estoyent d’enfer sortis tous quatre
Et lalà venuz pour vngung peu passer temps
Dont maintz des dieulx furent assez mal contempsmalcontẽpsmalcontemps.
f. Dv r°
D’une autre part aà regarder ma musem’amuse
170Et voys venir Callioppe la museCalliope.
Terpsicore/, Clio/, VraniaUraniaVramaUraniaTerpsicore. Clio. uraniaUrania.
Melpomene/, Erato/, ThaliaMelpomene. Erato. Talia.
Polimnia/, et Euterpe la gentePolymnia. Euterpe.
Chascune au vrayd’elles maistresse aussi regente
175De la fontaine appelleeappellée cabaline
Qui amenoyent la turbe pernasine
Dont grandement fut la feste augmenteeaugmentée
Car elles ont neufueneufve dance inuenteeinventée
Veue des dieuxDes dieux trouueetrouvée si popine et plaisante
180Que chasun d’eulx en fist ioyejoye apparente.
Soubdain apresaprèsApresAprès icelles sont venues les serenesSerenessirenesSirenes.
Qui de leur voix tant doulces et serenes
Chantoyent vngung chant si tresmelodieux
Que le dancer firent laisser aux dieux
185Pour escouter leur doulce simphoniesimphonye
Qui telle feutfut si grande (ne fault iaja que le nye)
Que tous les dieuxdyeulx et desses ij’obmis
Pource que lors en leur chant/ m’endormys
Dont maintenant ieje suis assez fachefaché
190Car si sopnusSopnus ne m’eust lors empescheempeschéSopnꝰSopnus.
Il seroit bienpeult bien estre qu’aulcun m’eust aduiseadvisé
De tous ceulx lalà que ij’ay cy diuisedivisé
Qui m’eust donnedonné begnin allegement
De ma tristesse/, et penible tourment
195Pour qui mes pas ij’auoyeavoyeij’auoyeavoye mes pas lalà adressez
f. lxiiii r°
AÀ celle fin que fussent redressez
Les miensMes esperitz de dueil et douleur latz
Pour prendre vngung peuvngung peu prendre de plaisir et soulas.
OÔ pleustPlusist aà dieuDieu qu’en celle mesme espasse
f. Dv v°
200Trescher amy ij’eusse eu celle grace
Qu’eutQuant VlixesUlixes/ eschapanteschappa les leurs chantzVlixesUlixes.
Fussent mes sensMes cinq sens fussent aà ceste heure sachantz
D’aulcun remede assez bon poursuffisant aà chasser
Dueil qui me veult vers desespoir chasser
205IeJe fusse en ioyejoye/, ouoù ieje suis en tourment
Sans nul espoiresperance d’auoiravoir allegement
Mauldire doibsBien doys mauldire Sopnus/, et ses suppos
Phobetora/, Morpheus/, et PanthasmosPhobetor:. morpheusMorpheus. Phanthasme.
Qui d’ungun tel bien bannirent les miens sens
210Qui assez fors ne furentlors ne furent assez fors et puissans
Pour leurs assaulx fermement soustenir.
Quant de ce cas il me prendste parte me prent le souuenirsouvenir
IeJe ne puis faire amy que ne lamente
Car par cella il fault que face attentefasse attante
215Comme deuantdevant au terrouer de tristesse
Qui tellement le mien cueur naurenavre et blesse
Que ieje ne puis salut me procurer
IeJe te requierssupplye que tu vueille curer
Puis qu’ainsi est qu’aà ces dieulx ij’ay failly
220Que briefuementbriefvement mon tourment soitsoyt failly
Faire le peulxTu le peulx faire/, bien en as la puissance
Faitz doncqueFaictz doncques amy que ieje obtienne alegenceij’obtienne allegence
Et me transmetz ou par cueur ou par rolle
VneUne suauesuave/, et aydante parolle
225Il me suffist pour auoiravoir guerison
De ma douleur/, auoiravoir vneune oraison
Prenant yssiryssue de ton entendement
Tressuffisant pour tel contentement.
De ton escriptDoncq de ta quarte faitz moy oblation
230Pour dechasserdeschasser ma griefuegriefve passion
f. Dv v°
f. lxiiii v°
Et ieje priray celuy qui tout conserue conserve
Qu’en ta santesanté/, et beaultebeaulté te preseruepreserve
Te donnant part de celle que souhaittesoubhaitte
Ou sus vert prepré/, ou mollettemoullette couchette.
Fin du .ii. propos fantasticque.Dabit deus.
