Versions
- Repérer les variantes
- La Penthaire, 1531
- Les Epistres veneriennes, 1532
Le troyziesme propos fantasticqueFantasie : aà la louenge des troys menestriers.
HIerHier assez tard l’heure desiadesja venue
Qu’entre ses bras tient Thetis toute nueTetis.
Le beau Titan seul filz Dd’YperionTitan. yperionYperion.
Et que LunalunaLuna vient aà estre congnueLuna.
5D’endimionEndimion/, pour la nuyt suruenuesurvenueEndimion.
Qui vmbroyoitumbroyoit sur le viel OrionOrion.
IeJe tollerant d’ennuytz vngung million
Par cy par lalà/, ainsi que homme esgareesgaré
CherchoyeCerchoie trouuertrouver le dieu pigmaleonPigmaleonPigmalionPigmalion.
10Affin que fusse ende ses biens reparereparé.
Pour mieulx trouuertrouver son logis m’adressay
AÀ vngung chasteau/, qui se nomme rissayRissay
OuOù l’on disoit qu’il faisoit demourance
Et si apoint mes pas lalà redressay
15Que ieje trouuaytrouvay trop plus de bien dressay
Que ne queroysqueroye pour me mettre en plaisance
Car sus vngung mont plain de resiouyssanceresjouyssance
OuOù de coustume esbatre se vontse vont esbatre musesMuse.
IJ’ouys sonner par tresbonne accordance
20Quelques auboys/, plus doulx que cornemusescornemeuses.
Or quant ijIj’ouys ceste grant melodiemelodye
f. Ei v°
Si ieje fuz ayse/, or ne faultne fault iaja que le dyadyedis
Ne que m’en romprerompe entierementplus longuement la teste,
Certes pensayIeJe pensay certes que une telle armonye
25N’estoit lassus/, :, sans quelque compaignie
Belle/, courtoyse/, amene/ &et treshonnesteioyeusejoyeuse :, gracieuse/, et honneste .
f. lxv r°
Legier vouloirvoulloir me prye et amonneste
Monter amont estre tost diligentdilligent
Pour auoiravoir part de celle doulce feste
30OuOù adressoient les leurs pas mainte gent.
Quant ieje fus hault/, d’ouyr ceste musicque
Nompas humaine/, ainsmais plus tost deificque
IeJe feuz long temps comme vngung homme en extaze
Ne congnoissant si ce son armonicque
35Estoit ou non chief d’oeuureœuvre fantasticque
Bien se j’estoye sur le mont de CaucazeCaucazus.
Qui est prochain de celuicelluy de PernazepernazePernazePernasus.
OuOù AppolloappolloAppollo pour se soullacierApollo.
De sa Delphicque/ et spacieusespatieuse cazeDelphos.
40Se vient souuentsouvent s’esbatre/, et spacierspatier.
Pas ne cuydoyscuydoie que hommes sceussent auoiravoir
Tant de haultesse en ce ioyeulxjoyeulx scauoirsçavoir
Comme ij’oys lors de troys esmaner
Qui faisoient bien aà Mercure assauoirassavoirMercurius.
45Que tant de bien en luy on ne peult veoir
Qu’il sceust si bien musicquemusicque si apoint demener.
Que me vauldroitvauldroyt si long temps sermonner
Si Pan/, FannusFaunus/, et les Satyres dieuxdyeuxPan. FãnusFannus. Satyr.
VouloientVoulloient ensemble enpar bon accord sonner
50Ilz ne scauroientsçauroientscaroientsçauroient iamaisjamais le faire mieulx.
OncqueOncques Amphion, qui ruisseaulx et riuiereriviereAmphion.
Par bien sonner faisoit tirertyrer arriere
Laisser leur cours de tout temps coustumier,
Qui contraignoit arbrearbres/, boys/, et pierriere
55Beste cruelleBestes cruelles/, yssir de sasortyr de leur tannieretenniere
Pour deuantdevant luy venir se humilier,
En ses accords ne fut tant singulier
Comme ces troys chascun en sa chascune
Ilz sonnoyent mieulx que de tieulxtyeulx vngung millier
60Seul ne le ditz/, :, telle est la voix commune.
OncqueOncques Orpheus/, aà qui par son scauoirsçavoirOrpheus.
f. lxv v°
Fut octroyeoctroyé Euridice rauoirravoirEuridice.
Qui mortmorte estoit par le mors d’ung serpent
N’eutN’ut en musicque vngung si scauantsçavantsi canoreux auoiravoir
65Comme on pouoitpovoit ausditzausḋausdict iugerjuger et veoir
Leur armonye en bruyt trop plus s’estendestent
Si ieje le ditz, qu’il n’en soit mal content
Trop plus que moyluy ilz meritent louenge
Rien au pris d’eulx Musitienmusitienmusitien n’entent
70De leur doulceur/, c’est chose plus qu’estrange..
Ceringue oncquesOncques Ceringue/, qui trouuatrouva les accordsCeringua.
De fleutes/, luctz/, auboys/, harpes/, et cords
N’eust sceu mieulxmyeulx ses gaillardes desduyre
Comme faisoyentfaisoient ces troistroys iolyetzjolyetz corps
75Desquieulx encorencores par ma foy suis recorsrecords.
Et si ne puis me garder les reduyre
En mon esprit/, qui ne scet esconduireesconduyre
De les nommer valloir plus qu’arltresaultresaultres cent
Nulz ne scauroyentsçauroyentsçaroient leur ieujeu si bien conduireconduyre
f. Eii v°
80On les nommoit IehanJehan,/, Colas, Innocent.
Si Marsias eust esteesté si parfaictMarsias.
Il n’eust esteesté par AppolloApollo deffaictApollo.
Ains l’eust vaincu en doulceur Caballine,CabalꝰCabalus.
Si Thamiras qui fut aueugleaveugle faictThamiras.
85Tant bien eust mis ses accords en effect
Les Muses eustIl eust les Muses mises toute en ruyne,Muse.
Si Pithias eust eu la saisinepithiasPithias.
De slsisi parfaicte/, et scauantesçavante Musicquemusicque
Aristonus n’eust pas tant faict de mynemineAristoAristonus.
90Qui fut six foys son maistreson maistre six foys en laste praticque.
Conna le folpauurepauvre qui fut tant indigentConna.
S’il eust eu le sien artardart si fort gent
Et qququqqu’ung des troys eust valu seullementadage.
IamaisJamais n’eust eu necessitenecessité d’argent
95Ainsi qu’auoiravoir le virent mainte gent
Quant ce prouerbeproverbe eutprint son commencement
f. lxvi r°
Lequel est/, de ConnaconnaConna le iugementjugement
Que l’on applicque encontre les sciolles
Desquieulx on tient petit le document
100Et moins encorencores leurs propos et parolles.
Que pourray ieje d’eulx narrer dauantaigedavantaige ?
Homme mortel n’ouyt oncq en son aage
Simphoniser si melodieusement.
Hermogenes de CezarCesar le soulaigeHermogenes. Cesar.
105Tant bien sonnant/, ne seroit que leur paige
Car rien ne vault presprès d’eulx son instrument,
Que me vauldroit si disoye aultrement
f. Eiii r°
C’est vngung scauoirsçavoirvneune chose que tant de gens congnoissent
Qu’il n’est faict bruyt d’aultre soullagement
110Entre tous ceulx/, qui en ChampaignechampaigneChampaigne naissent.
LaLà presidoit vngung Phebus en beaultebeaultéPhebꝰPhebus.
Ung aultre Hector en magnanimitemagnanimitéHector.
Ung Achilles en puissance/, et fortesseAchiles.
Ung ScypionscypionScypion en vraye humanitehumanitéScipiõScipion.
115Ung Curtius plain de benignitebenignitéCurtius.
Ung Salomon en prudence et sagessesalomõSalomon.
Ung Royroy Midas en parfaicte richesseMidas.
Ung Pompeius en consanguiniteconsanguinitéPompeius.
Ung Augustus cesar en gentillesseCesar augustꝰAugustus.
120Ung homme seul parfaict en charitecharité.
DeuersDevers celluyceluy escoutant ces aubades
Incessamment ieje gectoyegestoye mes oylladesoyallades
Et ne pouoyspovoyspouoyepovoye me souller de le veoir
Par si grant grace agirfaire tours et virades
125Saulx iolietzjolietz/, vireuostevirevostevireuestevireveste /, et pennades
Il en scauoitsçavoit ce que homme en peult scauoirsçavoir.
AuecquesAvecques luy faisoitfaisoyt bien son deuoirdevoirdebuoirdebvoir
Ung gentil homme ende faconfaçon corporelle
Autant bien faict que nul qu’on scauroitsçauroit veoir
130IeJe luy donray ceste fame immortelle.
ApresAprès qu’il eutqu’ilz eurent dancedancé bien longuement
f. lxvi v°
Il fitFirent du lieu soubdain departement
Pource que temps estoitestoyt de se coucher
Chascun tyratira vers son hebergement
135Pour dedans litzsur couchette faire reposement
f. Eiii v°
IusquesJusques au temps propice aà descoucher
De mon logis me vouluzvoulluz approcher
Ainsi qu’aulcunsComme les aultres pour prendre mon repos
Quant ieje fuz lalà en lieu de me coucher
140Mis en escript tous ces suyvans propos.
OuOù estiezestes vous oresastheure HamadriadeshamadriadesHamadriadesHamadriades.
Deesses aussiEt vous deesses des estangs NereidesNereides.
OuOù estiezestes vous bien fameesfamées OreadesOradesOreadesOreades.
Et des iardinsjardins cultrices HesperidesHesperides.
145Estiez vous point aux iardinsjardins TantalidesTãtalidesTantalides.
Que faisiez vous/, que n’estiez aà Rissay
Pour veoir l’esbat qui y a esteesté dressay ?
Muse Clio/, etEtet vous dame EuterpeClio. EuterEuterpe.
Toy GalaxesgalaxesGalaxes princesse pacifiqueGalaxes.
150Et vous pudicque et humblechaste PenelopePeneloppePenelope.
Doulce DaphnesDaphnés en beaultebeaulté autenticqueDaphnes.
Que faisiez vous cohorte pernasicque ?
Que vous n’estiez sur ce mont de RissayrissayRissay
Pour veoir l’esbat qui lalà y fut dressay. ?
155Nymphes des boysDoulces Nymphetes belles/, et gracieuses
Tetins rondetz comme rougesEt mammeletes rondes ainsi que pommettes
Et des humains fillettesGentes filletes des humains amoureuses
Mignonnes tantVous mignonnettes/, iollyesjollyes/, et sadinettes
OuOù estiez vous oresastheure aà sesces sornettes
160Et aà l’esbat qui fut tant bien dressay
Sur la montaigne adioucteadjoucteprochaine de Rissay. ?
OuOù estiez vous IunoJuno/, Venus/, PallasIunoJuno. Venus. Palas.
f. Eiiij r°
Et vous Thetis la mere Ddd’achillesAchilles ?thitesThetis. Achiles.
OuOù preniez vous maintenantastheure voz soulas
165Dame AragneAragné auecquesavecques voz fillesfils ?aragneAragné.
Et toy IoleIolle vrayvraye amye de HerculesherculesHerculesIolle. herculesHercules.
f. lxvii r°
Que faisoys tu que ne vins aà RissayrissayRissay
Pour veoir l’esbat qui lalà y fut dressay ?. ?
IeJe ne scaysçay pas ouoù vous estiez trestotes
170Et quel grant casnegoce destenoit voz ieunessesjeunesses
Mais vous debuiezdebviez trousser robbes et cottes
Pour veuirvenir venirveoirvenir veoir les tours et les soupplesses
Qui cese faisoyent de iambesjambes/, culz/, et fesses
Sur la montaigne assez presprèsioingnantejoingnante de RissayrissayRissay
175De ces esbatz moymesmes fiz l’essay..
Il fut couru de faconfaçon plus habille
Et cent foys plus de grant legieretelegiereté
Que ne fit oncqoncques la stucellepucellepucelle CamilleCamilla.
Plus que les vens plaine d’agillité
180Il fut couru/, c’est pure veriteverité
Beaucoup plus tost que n’eust faict HippomeneHippomena.
De qui Virgille vngung telsi long procesprocès demaine.
Aux ieuzjeuz troyens nommez OlimpiadesOlimpiades.
Oncques Hector/, n’aussi Paris son frereHector. Paris.
185Pour bien courir/, et hault trousser gambades
N’eussent sceu mieulxmyeulx conduire leur affaire
Comme ieje viz hersoerhersoir en ce lieu faire
Et deuantdevant tous troys en eurent le lotz
Dont les aucunstous les autres furent assez ialotzjalotz.
190Troys de faconfaçon coururentCes troys coururent de faconfaçon si legiere
f. Eiiij v°
Qu’athalentaAthalenta qui fut tant bien couranteAthalenta.
FustFeust demoureedemourée aà l’encontre d’eulxcontre eulx beaucoup derriere
Car leur vitesse estre sembloitsembloit estre volantevollante
Plus fort couroyentcouroient/, affin que ieje ne mentemante
195Que les leuraulxlevraulxne font lieureslievres qu’auecquesavecques chiens on chasse
Ces troys estoyentestoient ChaumontChaulmont/, Cernay/, La iasseJasse.
Hault Icarus par trop voulut vollerIcarus.
Et PhaetonPharton vngung nouueaunouveau faict en prendrephartõPharton.
Dont on les vit l’ung et l’autre affoller
200Comme coquars voulant trop entreprendre,
Sur ces deulx cy ieje veulx montmonmon tesme prendre
f. lxvii v°
Pour vngung quidem lequel vngung grant sault print
Cause pourquoyQui en fut cause/, par trop hault entreprint.
De cestuy sault chascun se print aà rire
205Si grandement que coursecource futfeut laisseelaissée.
AÀ quelcun d’eulxvngung quidem/, touteffoistouteffoys ij’ouysij’oys dire :
« Va t’en lourdault ta gloire est abaisseeabaissée
MieulxMyeulx t’eust vallu auoiravoir faict reposeereposée
Que te mesler de ce que tu n’entens
210Va t’en dormir/, tu pers icy ton temps ».
IeJe ne me tinsteuz de rire aà ce proppspropospropos
En congnoissantCongnoissant certes qu’on disoit veriteverité
IeJe touteffoys auecquesavecques les suppos
Du dieu Phebus remplyramply d’humanitehumanité
215Qui deualloitdevalloit le mont iaja reciterecité
Pour s’en aller aà son herbergement
IeJe fisfeis de lalà ioyeulxjoyeulx departement.
Ne me despleut fors de ces mignotes
f. Ev r°
Qui ayment tant leur coucher soubz courtines
220Et qui se font tant mistes et ioliotesjoliotes
AÀ tous propos descouuransdescouvrans leurs tetines
De ces gentz corpsdoulcettes et tendrettes popines
Qui sont souuentsouvent ouoù l’onon ne les demande
Qui n’estoyent lors aupresauprès deDesquelle aulcune n’estoit en ceste bende..
225AÀ tout le moins si quelque bergerotte
Eust lalà esteesté pour ces courses aduiseradviser
Qui eust eu rondsrons tetins/,, grosse motte
Et qui eust sceu parler et deuiserdeviser
LesCes gentilz cueurshommes que ieje visveis amuser
230AÀ mille cas plaisans et non paschoses plaisantes/ et non tristes
Eussent faict faitzactes/, qu’ilz ne firent/, plus mistes.
Des saiges gensCar des plus saiges ontonon tient l’opinion
Qu’il n’est pour homme entretenir en ioyejoye
Qu’auoiravoir de femme amyabledes femmes copieuse vnionunion
235En qui se tientrespose de plaisir la montioyemontjoye
Et quelque caschose que dire et parler ij’oye
f. lxviii r°
IeJe maintiendray qu’aux hommes croissentcroyssent ames
Quant sont deuantdevant leurs maistresses et dames.
Par ce moyenAÀ ceste cause ieje concluray deesses
240Que si voulez voz plaisirs obtenir
Soit de dancer/, ou de fourbir voz fesses
Que vous vueillez trestoutes souuenirsouvenir
Legierement et tost vous en venir
Vers ce chasteau qui s’appelle Rissay
245LaLà trouuereztrouverez du boys pour vouspour vous du boys dressay.
Fin du .iii. propos Fantasticque.Dabit Deus.
